G RE TC II EX
Si cela ne vous dérange pas, cela me fera plaisir. (Eiie
s'assied. Regardant la princesse.) Tiens ! VOUS VdieZ depleUl'ei"?
Qu'avez-vous donc?
LA PRIXCESSE.
Je viens de penser à ma mère qui est morte, ma chère amie, et avec qui je me suis assise bien souvent sur le banc où nous sommes.
GRETC1IEX, lui prenant les mains.
Pauvre petite demoiselle ! Ah bien, moi, je suis plus heureuse que vous. J'ai encore ma mère, et elle se porte joliment bien.
LA PRIXCESSE, laissant ses mains dans celles de Gretchen.
Oui, vous êtes heureuse! Et pourquoi l'avez-vous quittée, votre mère?
GRETCHEN
Dame! mademoiselle, il faut bien gagner sa vie. Les pauvres gens ne peuvent pas rester à s'adorer, sans rien faire. ».
LA PRIXCESSE.
Vous êtes donc bien malheureux chez vous, ma pauvre Gretchen ?
dT~
GREÏCHEN.
Oh! non! mademoiselle, nous ne sommes pas malheureux. Nous avons une vache et un joli bout de pré, et mon père gagne encore ses deux florins par semaine. Nous remercions Dieu tous les jours. Il y a tant de gens qui manquent de tout !
LA PRINCESSE
Alors, pourquoi quitter votre mère?
G RETCIIEN.
Je vais vous dire. Voilà mon petit frère qui devient grand garçon, et qui voudrait apprendre un état. Je suis donc venue ici pour me mettre en service. Avec ce que je gagnerai on payera son apprentissage.
LA PRINCESSE
En service, pauvre enfant! C'est bien dur. Est-ce que cela ne vous humilie pas?
GRETCHEN
Pourquoi donc cela, mademoiselle? Notre pasteur nous a mis une fois dans son sermon une parole que je n'oublierai jamais : « Que celui qui voudra être le plus grand parmi vous soit votre serviteur. » C'est Jésus- Christ qui l'a dit, et cela doit être vrai. Mais je n'en serai pas plus fière, je vous promets, parce qu'il ne faut pas.
LA PRINCESSE, riant.
Ah ! pas plus fière, la chère fille ! Et vous croyez donc vraiment que la servante est au-dessus de la maîtresse ?
GRETCHEN
Mon Dieu ! c'est tout simple : elle a plus de mal. Qui a plus de mal a plus de mérite. Mais il ne faut pas pour cela mépriser personne. Quand on n'a pas été élevé à la peine, on n'en peut rien.
LA PRINCESSE, se levant. (A part.)
Eh bien, voilà qui me réconcilie avec le genre humain. Je ne vaux pas encore cette enfant-là. (Retournant s'asseoir près de Gretchen.) Et si vous entriez au service de la princesse?
GRETCHEX.
Oh! je serais bien heureuse. Mon parrain dit qu'elle est si bonne !
LA PRINCESSE
Et si elle vous prenait pour être son amie, est-ce que vous n'en seriez pas plus fière?
GRETCHEX, riant.
Moi ! l'amie de la princesse! Vous voulez rire avec moi. Eh bien non, je n'en serais pas plus fière. C'est une femme comme moi, j'en ferais aussi mon amie. Les cœurs se valent.
LA PRIXCESSE, lui baisant les mains.
Ah! chère Gretchen, vous avez un vrai cœur de reine.
PETERMAXX entre. (A part.)
Qu'est-ce que M. Fritz vient de m'apprendre! Il y a deux paysannes dans les jardins. L'une est sa filleule Gretchen, et l'autre est la princesse. Grand Dieu! si
C'était Celle de tOUt à l'heure ! (Apercevant la princesse qui baise les mains de Gretchen.) NOUS SOmilieS Sauvés : c'est l'autre.
Allons vite chercher ma femme et ma fille. La petite intrigante a déjà commencé à faire sa cour, (n sort.)
LA PRIXCESSE.
On voit bien , ma bonne Gretchen , que vous n'avez pas encore quitté votre village de la Forêt-Noire. Vous avez vécu jusqu'à présent en tête-à-tête avec le bon Dieu . Vous croyez le monde meilleur qu'il n'est.
G RE TG II EN, souriant.
Oh ! non, mademoiselle! Je sais bien que les gens sont quelquefois méchants; mais ce n'est pas toujours leur faute. La plupart du temps ils croient bien faire. Il ne faut pas leur en vouloir.
LA PRINCESSE
Et quand on vous fera sentir qu'on vous méprise, ma pauvre Gretchen, que direz-vous?
GRETCHEN
Moi? rien. Qu'est-ce que cela peut me faire, si Dieu ne me méprise pas?
LA PRINCESSE, à part.
Décidément, cette enfant-là est meilleure que moi. C'est elle que je choisirai pour mon amie.
(Entre la famille Petermann.) P E T E R M A N N , à la princesse.
Veuillez bien excuser madame Petermann, mademoiselle Gretchen; nous ne savions pas que vous apparteniez à M. Fritz.
LA PRINCESSE, à part.
Qu'est-ce que cela signifie? Fritz lui aura tout dit, et il prend Gretchen pour moi. La comédie va être complète, (a petermann.) Ce n'était pas une raison, monsieur.
PETERMANN, s'inulinant.
Vous nous voyez dans la confusion.
MADAME PETERMANN, s'asseyant à coté de Gretchen.
Voulez-vous me faire, princ... mademoiselle, l'honneur de votre compagnie?
GRETCHEN, la regardant d'un air étonné.
C'est bien de l'honneur pour moi, madame.
PETERMANN, à part.
Elle joue son rôle supérieurement. Gomme ces princesses ont de l'esprit!
MADAME PETE RM A NX, à Barbara qui se tient à l'écart.
Eh bien ! qu'est-ce que tu fais là, Barbara ? Approche un peu qu'on te voie.
BARBARA
Oh! maman, je n'ose pas.
MADAME PETERMANN, à part.
Il faudra bien pourtant qu'elle profite de l'occasion. Cette petite Gretchen nous gêne bien... (Regardant autour
d'elle.) S'il y avait moyen !... (On aperçoit Fritz. Avec empressement.)
Mademoiselle Gretchen, voici M. Fritz qui vous cherche. Il veut bien sur vous parler.
LA PRINCESSE, à part.
11 arrive à propos. Laissons-les faire la cour à Gretchen, ce sera ma vengeance. (Eiie se lève.)
MADAME PETERMANN
Vite,- Barbara! (Barbara va s'asseoir à côté de Gretchen.)
LA PRINCESSE, à Fritz (à part).
Tu les a donc prévenus?
FRITZ,
Cette grosse femme était si fort en colère que j'ai eu peur pour vous, et je viens....
LA PRINCESSE, riant.
Oh ! il n'y a plus de danger maintenant. Elle est douce comme un agneau. Cherche les autres, et apprends-leur que je suis en paysanne avec Gretchen, dans le jardin.
(ils sortent.) MADAME PETERMANN.
Eh bien, Barbara! tu ne dis rien à mademoiselle? Fais voir que tu as appris quelque chose à l'Institut.
GRETCHEN
Oh ! il n'y a pas besoin d'avoir appris beaucoup pour causer avec moi.
PETERMANN, à part.
Délicatement répondu! (a Gretchen.) Il n'y a qu'à regarder mademoiselle, pour voir qu'elle n'a rien à apprendre.
GRETCHEN
Vous êtes bien bon, monsieur, je ne suis qu'une petite paysanne.
MADAME PETERMANN
Oh ! des paysannes comme vous, on n'en trouve pas à la douzaine au marché, (a Barbara.) Mais tu ne dis rien, Barbara. Parle donc. Tu as la langue mieux pendue que cela d'habitude.
BARBARA
Je ne sais pas quoi dire, maman.
GRETCHEN, regardant Barbara.
Elle a l'air bien gentil, votre demoiselle.
MADAME PETERMANN
Vous ne savez pas quel bijou d'enfant ça fait. Et bonne ! et adroite de ses mains! et instruite! Nous n'avons rien épargné pour son éducation, par exemple ! Elle joue du piano, telle que vous la voyez. Elle brode comme une fée. Elle dessine comme un peintre. Elle parle anglais comme une Anglaise. Elle a eu tous les premiers prix à l'Institut, d'abord : on ne peut pas dire plus.
BARBARA
Oh! maman! je t'en prie; tu sais bien que non.
PETERMANN
Si nous étions assez heureux pour que mademoiselle consentît à en faire son amie!
GRETCHEN
Moi ! je VeUX bien. (Elle tend la main à Barbara.)
BARBARA
Je vous aimerai bien ; mais il ne faut pas croire tout ce que dit maman.
(Entre la famille de Geldhaus.) GELDIIAUS , à part.
Deux paysannes! Pourvu que la nôtre ne soit pas la
bonne. ( Apercevant Gretchen et les Petermann. ) Dieu me par-
donne! voici ces Petermann installés! Est-ce qu'ils auraient déjà flairé la piste?... Intrigants!
PETERMANN, à . Gretchen.
Votre amitié, mademoiselle, rendra notre Barbara bien fi ère. Que de jaloux elle va faire !
GELDHAUS.
Plus de doute. Approchons. (Regardant Gretchen.) Dieu soit loué ! c'est l'autre. Celle-là a une tournure bien plus noble. Oh! un coup d'œil suffît. Je ne m'y serais pas laissé prendre, dis s'avancent.)
GELDHAUS, à Petermann, lui tendant la main.
Hé ! bonjour, mon cher Petermann. Par où avez-vous donc passé? Je vous cherchais.
PETERMANN, lui prenant majestueusement la main.
Enchanté de vous voir, monsieur Geldhaus. Je vous présente ma fille Barbara et sa nouvelle amie.
MADAME DE GELDHAUS, à madame Petermann.
Nous nous sommes quittées un peu brusquement tout à l'heure, chère madame, je suis bien aise de vous retrouver.
MADAME PETERMANN, avec dignité.
Nous n'avons rien perdu au change, madame.
MADAME DE GELDHAUS.
Rendez-moi un service, chère madame. Je me sens
horriblement fatiguée. Cédez-moi votre place pour un instant.
MADAME PETERMAXX, sèchement.
Désolée de vous refuser. Où l'on est bien, l'on reste.
GRETCIIEX, se levant.
Prenez ma place, madame. Je ne suis pas fatiguée.
MADAME PETE RM A XX, se levant précipitamment et retenant Gretchen.
Je ne Souffrirai jamais... (Elle se lève). (A madame de Geld-
haus.) Voici ma place, madame, puisque vous y tenez tant.
MADAME DE GELDIIAUS, s'asseyant. D'un ton sec.
Merci, (a Gretchen.) Quel charmant corsage vous avez là, mademoiselle !
GRETCIIEX.
C'est le costume de mon pays. Cela me fait plaisir qu'il vous plaise.
GELDIIAUS, à part.
Quel merveilleux aplomb ! Elle est remplie d'esprit.
MADAME DE GELDIIAUS.
C'est surtout la manière dont il est porté qui le fait valoir, mademoiselle.
GRETCIIEX.
Vous êtes trop bonne, madame, je ne mérite pas tant de compliments,
MADAME DE GELDHAUS, à Barbara.
Ma petite Barbara, vous seriez bien gentille si vous laissiez votre amie Ottilie s'asseoir un moment. Elle est souffrante depuis quelque temps.
BARBARA, se levant.
Je suis trop contente de faire plaisir à Ottilie.
MADAME PEÏERMANK, la secouant par le bras.
Ah ! c'est trop fort. Petite sotte !
OTTILIE , hésitant à s'asseoir.
Mais, maman!...
MADAME DE GELDHAUS.
Dépêche-toi. (ottilie s'assied.) (a Gretchen.) Je vous présente ma fille Ottilie. J'espère qu'elle vous plaira.
GRETCHEN, regardant Ottilie.
Oh ! elle n'aura pas de peine.
MADAME DE GELDHAUS.
C'est une enfant pleine de cœur et de talents. Je ne dis* pas cela parce que je suis sa mère, mais dans toute la résidence il n'y a qu'une voix sur son compte. Elle a été la reine des bals cet hiver.
LES RICOCHETS. tftl