‹ Théâtre du Petit Château. IllusChapitre 35 sur 90 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

La scène représente la chambre de MADAME SIMOJN. Elle est dans un fauteuil, une broderie à la main. V lliulJN 1 E , assise devant une petite table, écrit un devoir.

MADAME SIMON

Eh bien! Virginie, ce devoir est-il bientôt terminé? Il faut te dépêcher, mon enfant! j'ai beaucoup à faire aujourd'hui.

VIRGINIE

Encore cinq minutes, petite mère. Je me dépêche tant que je peux.

MADAME SIMON

Si vous aviez commencé à l'heure, mademoiselle, il y a longtemps que ce serait fini. •

VIRGINIE

Mais, maman, tu sais bien que c'est toi-même qui m'as gardée après le déjeuner pour me faire essayer ma robe neuve.

MADAME SIMON, à part.

C'est vrai. Elle était si gentille dedans que je n'ai pu m'empêcher de faire durer le plaisir, (a Virginie.) Sais-tu bien, ma chère petite, que voilà bientôt huit jours passés que tu as commencé ce malheureux devoir?

VIRGINIE

Ce n'est pas ma faute, maman. Hier nous avions du monde, et tu m'as dit de tenir compagnie à la petite Marie. Avant-hier,, tu m'as emmenée au bois de Boulogne. Le jour d'avant...

Ne te défends pas plus longtemps, chère enfant, et reprends ton devoir. Nous n'avons pas de temps à perdre, (a part.) Elle a raison. Décidément j'ai bien fait de

prendre le parti de la mettre en pension. Je n'ai pas assez de temps à lui donner, et celui qui me reste je suis trop faible pour savoir bien l'employer. Avec moi, elle n'apprendra jamais rien. Hélas! que dira- 1- elle quand je vais lui annoncer cette terrible résolution ?

VIRGINIE, se levant et courant à sa mère.

Maman, j'ai fini.

MADAME SIMON, la prenant sur ses genoux, et l'embrassant.

Voyons, raconte-moi ce que tu sais.

VIRGINIE

Veux-tu que je t'apporte mon devoir?

MADAME SIMON

Non, ce n'est pas la peine ; tu es bien là. Allons, commence.

VIRGINIE

Commencer quoi, maman?

MADAME SIMON

Ce qui est dans ton devoir. C'est l'histoire de Jeanne d'Arc. Raconte -la-moi.

VIRGINIE, hésitant.

Jeanne d'Arc était... une bergère de... bergère de...

Domremy.

VIRGINIE

Une bergère de Domremy qui retira la France des mains des Anglais. Les Anglais, c'est eux, n'est-ce pas, maman, qui ont inventé les anglaises? Tu dis que cela me va si bien.

MADAME SIMON

Oh ! je t'aime encore mieux avec tes bandeaux, comme aujourd'hui. Mais revenons à Jeanne d'Arc.

VIRGINIE

C'est que j'aime bien cela, moi, les anglaises. Cela me donne un air plus distingué.

MADAME SIMON, riant.

Voyez-vous cela! Ce qu'il y a de plus distingué, mademoiselle, c'est ce qui fait plaisir à votre maman. Voyons : Jeanne d'Arc était une bergère de Domremy.

VIRGINIE, d'un ton suppliant.

Tu m'en feras demain, n'est-ce pas, maman? pour aller chez ma tante. Ma cousine en a toujours, et mes cheveux frisent bien mieux que les siens.

MADAME SIMON, l'embrassant.

Eh bien ! oui, si cela te fait tant de plaisir, (a part.) Quand elle vous regarde avec ses grands yeux suppliants, est-ce qu'on peut rien lui refuser? (a Virginie.) Avec tout cela, nous oublions Jeanne d'Arc.

VIRGINIE

Jeanne d'Arc était une bergère de Domremy...

FRANÇOISE, entrant.

Nicolas, le fermier de madame, est dans la salle à manger. Il voudrait lui parler pour le toit de sa grange.

MADAME SIMON, se levant. (A part.)

Voilà une leçon qui a bien de la peine à marcher. J'y vais, Françoise, (a Virginie.) Ma petite Virginie, repasse bien ton devoir en m'attendant. (Eiie sort.)

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