SCENE II
VIRGlJNlJi s'assied à sa table, en faisant la moue.
FRANÇOISE
Qu'est-ce que vous apprenez de beau là-dedans, mademoiselle Virginie?
VIRGINIE
C'est l'histoire de cette Jeanne d'Arc. Elle m'ennuie bien.
FRANÇOISE
Pauvre chère enfant ! Si cela ne fait pas de la peine de la voir mettre à la torture pour des bêtises pareilles !
VIRGINIE
Maman dit qu'il faut savoir tout cela.
FRANÇOISE
Est-ce que je sais tout cela, moi? Est-ce que cela m'empêche d'aller et venir, et de faire mon ouvrage? Vous qui êtes riche, et qui pourrez faire ce que vous voudrez, qu'est-ce que vous avez besoin de vous ennuyer là-dessus?
VIRGINIE
Ah ! ma pauvre Françoise, j'aimais bien mieux les histoires que tu me contais dans le temps pour m'endormir.
FRANÇOISE
Cela, par exemple, c'est vrai que j'en sais, des belles histoires.
VIRGINIE
Oh! conte-moi donc la Moitié de Poulet. Il y a si longtemps que je ne l'ai entendue! (sue se met de côté sur sa
chaise.)
FRANÇOISE, s'appuyant sur la chaise de Virginie.
Je voudrais bien ; mais votre maman trouvera peutêtre que cela fait du tort à sa Jeanne d'Arc.
VIRGINIE
Ma bonne petite Françoise, je t'en prie. Je suis sûre que maman ne te dira rien.
FRANÇOISE
Allons, je me risque. Gela me rappellera le temps où vous étiez mon petit poupon chéri.
« Il y avait une fois une Moitié de Poulet qui, à force de travailler et d'économiser, avait amassé cent écus. Le roi, qui avait toujours besoin d'argent, ne l'eut pas plus tôt appris qu'il vint les lui emprunter, et la Moitié de Poulet était bien fière dans les commencements d'avoir prêté de l'argent au roi. Mais il vint une mauvaise année, et elle aurait bien voulu ravoir son argent. Elle avait beau écrire lettre sur lettre tant au roi qu'à ses ministres, personne ne lui répondait. A la fin elle prit la résolution d'aller chercher elle-même ses cent écus, et se mit en route pour le palais du roi.
Chemin faisant, elle rencontra un renard.
— Où vas-tu, Moitié de Poulet?
— Je vais chez le roi, cent écus me doit.
— Prends-moi avec toi.
— Pas de façons ne ferai, entre dans mon cou, je t'y
porterai... » (Madame Simon entre et entend les derniers mots.)