SCENE V
MADAME SIMON. Elle s'assied dans le fauteuil.
Virginie, tu es bien cruelle. Ah ! chère enfant, je croyais que tu m'aimais davantage.
VIRGINIE. Elle passe ses bras autour du cou de sa mère.
Chère petite mère, ne te fâche pas contre moi. Tu sais bien que ta petite Nini t'aime de tout son cœur. C'est parce que je t'aime que je ne veux pas te quitter. Toimême, tu dis que cela te fait de la peine de me voir emmener. Pourquoi veux-tu nous faire de la peine à toutes les deux ?
MADAME SIMON. Elle embrasse sa fille.
C'est pour ton bien, ma pauvre chérie, et ta conduite de tout à l'heure me prouve encore mieux que je ne puis plus te garder. Voyons, puisque tu m'aimes, ne t' obstine pas plus longtemps dans un refus qui me désole.
VIRGINIE. Elle se dégage des bras de sa mère.
Je t'ai dit : non! Tu es une méchante de vouloir que je te cède. Je veux rester ici. Ne me parle plus de cette pension : je ne veux pas y aller.
MADAME SIMON, se fâchant.
Voilà bien des fois que tu dis : « je veux, » mon enfant, et tu oublies que tu parles à ta mère. Moi aussi, je vais le dire. Cette dame va revenir; il faut que je lui donne une réponse. Je veux que tu ailles avec elle, entends-tu?
VIRGINIE , s'approchant de sa mère pour l'embrasser.
Tu y tiens donc bien, à ton idée, petite mère?
MADAME SIMON, l'écartant de la main.
Laissez-moi, mademoiselle; vous me faites trop de chagrin.
VIRGINIE
Je ne suis pas mademoiselle, je suis ta petite Nini. Laisse là cette vilaine pension, et tu verras. si je te fais du chagrin.
MADAME SIMON
Ah ! mon Dieu! je sens mon courage qui s'en va, et pourtant, si je cède cette fois-ci, je suis perdue, et mon enfant s'habituera à mépriser mes volontés. Maintenant, la faire emmener de force, la voir partir comme un prisonnier qu'on entraîne, est-ce que je le pourrais? Ah! je suis une mère bien malheureuse ! (Eiie fond en larmes.)
VIRGINIE, se jetant à ses genoux.
Ah ! maman, je t'en prie, ne pleure plus.
MADAME SIMON, toujours pleurant.
Comment voulez-vous que je ne pleure pas, cruelle enfant? vous me fendez le cœur.
VIRGINIE
Ne me dis pas vous. Je... mais non, je ne veux rien
(lire. (Elle se sauve.)