SCÈNE IV
MADAME SOREL, entrant.
Excusez-moi, madame, si je me présente chez vous un peu plus tôt que je n'avais dit. Une affaire imprévue m'appelle ici pour la journée, et si mademoiselle Virginie est prête, je pourrai l'emmener ce soir avec moi.
MADAME SIMON
Mon Dieu! madame, son trousseau est prêt; mais je vous avouerai que je reculais devant son chagrin, et c'est seulement tout à l'heure que je viens de lui parler de vous. La pauvre petite n'a pas encore eu le temps de se familiariser avec l'idée de me quitter. (Montrant Virginie qui s'est cachée derrière eiie.) Tenez, la voilà ! C'est une bonne petite fille, un peu paresseuse : promettez-moi que vous l'aimerez bien.
MADAME SOREL
L'aimer autant que vous, madame, je ne puis pas vous le promettre ; mais si elle veut devenir aussi ma petite fille, je ne demande pas mieux que de l'aimer de tout mon cœur. ^
MADAME SIMON
Eh bien! Virginie, tu ne dis rien à madame? (Viigiafc
salue madame Sorel d'un air roide.)
MADAME SOREL
Je vois bien que je lui fais un peu peur. C'est bien terrible de changer de mère. La comparaison n'est pas à mon avantage.
MADAME SIMON
Allons, Virginie, un peu de courage !
VIRGINIE, se précipitant auprès de madame Sorel.
Ah ! madame, je vous en prie, ne m'emmenez pas.
MADAME SOREL, la caressant.
Ce n'est pas moi qui le veux, chère petite, c'est votre maman.
MADAME SIMON
Vous nous pardonnerez, madame, cette petite scène. .Nous n'étions pas préparées à votre visite; mais je ne voudrais pas vous donner l'ennui d'un second voyage exprès pour cette enfant. Ce soir elle partira avec vous.
VIRGINIE, allant à sa mèr* .
Non, maman, non, ne me renvoie pas; je serai bien sage ; je travaillerai tant que tu voudras.
MADAME SIMON, l'embrassant.
Pauvre chérie, ne me déchire pas le cœur davantage ! Je n'ai pas trop de tout mon courage pour être ferme avec moi-même ; je n'en aurais plus assez pour l'être
avec toi. Tu ne penses pas combien tes résistances sont déplaisantes pour madame.
VIRGINIE
Madame a l'air bien bon; mais je ne veux pas aller avec elle, (s'animant.) Non, je ne le veux pas!
MADAME SIMON
Virginie, ton père ne serait pas content de toi, s'il était là.
VIRGINIE, pleurant.
Si papa était là, il ne me laisserait pas emmener malgré moi.
MADAME S 0 RE L, se levant.
J'ai une visite à faire, madame, permettez-moi de vous laisser seule quelques instants avec votre fille. Je crois que ma présence fait plus de mal que de bien en ce moment.
MADAME SIMON, la reconduisant.
Ah ! madame, excusez une enfant qui ne m'a jamais quittée. Je vais lui parler, elle obéira.