MERCURE, L'AME, LE CORPS
MERCURE
Quels sont ces téméraires qui s'aventurent sur l'Olympe, sur la montagne des dieux ? Je ne me trompe pas : c'est l'Ame et le Corps. La première a l'air enchanté; mais l'autre ne paraît pas de trop bonne humeur. Je parierais qu'ils vont se disputer. Cachons-nous là. Si cela va trop
loin, je les mettrai à la raison. (Il se cache derrière un buisson. — Entre l'Ame, en robe blanche, ceinture bleue, des fleurs dans les cheveux. Elle tire le Corps par une corde. Il est habillé en voyageur, le sac sur le dos.)
l'ame.
Qu'il fait beau sur cette montagne!
LE CORPS
La montée est rude !
l'ame.
Tais-toi, paresseux ! Tu n'es pas digne de l'honneur que je t'ai fait de te conduire jusqu'ici.
LE CORPS
Le bel honneur, et la belle grâce ! C'est bien moi, ma
chère, qui t'ai portée ici. Si je ne t'avais pas prêté mes
jambes, tu serais encore là-bas à te faire une idée en l'air
des beautés de ta montagne. Au surplus, j'en ai assez :
descendons.
l'ame.
Je voudrais bien voir cela! Allons, marche. La belle fleur que je vois là ! Va me la chercher, (eu© le tire par ia
corde.)
LE CORPS
Encore celle-là, et c'est la dernière : tu peux y compter.
(il va lui chercher la fleur.)
l'ame.
Ah! je la connais. (Eiie jette ia fleur.) Mais là-haut, que vois-je? Quelle magnifique pierre! Celle-là manque à ma collection. Allons, grimpe par là : en se tenant bien aux broussailles, il n'y a pas beaucoup de danger.
LE CORPS
De danger! il n'y en aura pas du tout. Je ne vais pas là.
L'A ME
Poltron!
LE CORPS
Tu en parles à ton aise : tu ne te casses pas, toi. Non, et non, et cent fois non!
l'ame.
Fi ! c'est honteux !
LE CORPS
Non. Tout à l'heure j'en avais assez; maintenant j'en ai trop. Halte! (n se couche.)
L'A ME
Faut-il être malheureuse d'être servie par un être pareil ! Une fois, deux fois, iras-tu ?
LE CORPS
Non. J'ai faim.
l'ame.
Mon petit Corps, un peu de courage! Quand tu seras là-haut, je te donnerai quelque chose de bon à manger.
LE CORPS
Non. J'ai soif.