PROLOGUE
FANiNY ET MARIE (costume de pensionnaires); elles sont assises sur un banc dans un jardin.
FANNY
Enfin ! nous voilà au 14 août. Je n'ai plus que huit jours à rayer sur mon calendrier. Cela n'est pas malheureux!
MARIE
Vous êtes donc bien pressée de vous en aller, ma bonne Fanny?
FANNY
Si je suis pressée! Pouvez-vous me demander cela? Depuis trois ans que je suis ici, j'en ai assez fait de ces compositions. Cinq à la fois pour finir ! Je crois bien que j'en serai malade.
MARIE
Vous étiez pourtant bien contente quand M. Macé vous mettait dans la première section.
FANHY.
C'est vrai; mais cela n'arrivait pas toujours. Et puis, il gronde aussi par trop fort, M. Macé, quand il s'y met. Dieu merci! il ne me grondera plus.
MARIE
Oh! Fanny! ce n'est pas gentil, ce que vous dites là. Ce bon M. Macé qui s'est donné tant de peine pour vous!
FANNY
S'il s'en était donné moins, j'aurais mieux aimé cela. Mais ce n'est pas encore là ce qui m'ennuyait le plus. Avouez, Marie, que c'est bien terrible d'avoir toujours ces jurys sur le dos. Des souliers qui traînent par-ci, une tache à la pèlerine par-là, un crayon qui n'est pas marqué : on n'a jamais fini avec eux. 11 me tarde bien d'en être délivrée.
MARIE
Ma pauvre Fanny, vous ne serez jamais délivrée du
besoin d'avoir de l'ordre, et vous pourriez bien trouver plus tard des jurys encore plus terribles que les nôtres.
FANNY
On ne me donnera pas au moins des mauvaises notes.
MARIE
Vous croyez cela ! On vous en donnera aussi des mauvaises notes, et qui ne s'effaceront pas aussi facilement que celles d'ici.
LIN A arrive en courant.
Mesdemoiselles, venez jouer à Colon?
FANNY
Merci, mademoiselle Lina. Nous laissons votre Colon aux petites filles comme vous.
LINA, pleurant.
Je ne suis plus une petite fille. Vous êtes une méchante. Je le dirai à mademoiselle Yerenet. (Eiie sort.)
MARIE
Qu'est-ce que vous avez donc aujourd'hui, Fanny? Nous avons joué ensemble l'autre jour à Colon, sur la place Saint-Jean , et vous avez ri encore plus que les autres.
FANNY
C'est bien possible. Je ne me le rappelle plus.
MARTE
Et avant-hier, aux chevaliers de la Marjolaine, vous avez voulu à toute force faire la mariée.
FANXY.
Tout ce que vous voudrez. Aujourd'hui je pense à quelque chose de mieux que tous ces jeux de petite fille.
MARIE
Et notre bal de samedi dernier ! Est-ce que vous avez manqué une valse ?
FANNY
Nos bals sont bien gentils ; mais j'aimerais mieux les
autres. (On entend la cloche.)
MARIE
11 faut rentrer, Fanny. Yoici l'heure d'achever les articles.
FANNY
Mon Dieu ! encore ces malheureux articles ! C'est mon cauchemar. Nous les aurons donc jusqu'à la dernière minute. On ne nous fera pas grâce de la queue d'un.
• MARIE
Allons, ma chère, vous êtes dans un mauvais moment. Mademoiselle Yerenet aurait bien du chagrin si elle savait que vous allez la quitter dans de si vilaines dispositions.
FAXXY.
Bien sûr que j'aime bien mademoiselle Yerenet. Pension pour pension , je préfère encore avoir eu la sienne ; mais il en est des pensions comme de bien d'autres choses : la meilleure n'en vaut rien.
MARIE
Vous ne direz pas toujours cela, ma chère. Allons, rentrons vite, ou mademoiselle Franziska nous donnera une mauvaise note.