SCENE III
MADAME GUDIN, seule.
Quelle contrariété ! Au moment où nous causions si Lien ! Elle est bien heureuse , Marie ! Dans tout notre temps de pension, je ne l'ai jamais vue de mauvaise humeur. C'est pourtant vrai; c'était le bon temps, alors.
(Elle prend dans son tiroir une pile de cahiers.) Il me Semble C[Ue
j'ai encore là le cahier de fleurs que nous avions fait nous deux Marie. Allons ! voilà que je ne le trouve plus. Il me tombera sous la main quand je n'y penserai pas. (eiio
s'étend sur le canapé.) Dieu ! que je Suis fatiguée ! (Elle s'endort. Une musique douce se fait entendre. Le reste se dit en rêve. A chaque phrase paraît un Souvenir. Ils passent lentement devant elle, et vont so ranger sur un des côtés de la scène.) Mon paUVl'e Cahier de fleUl'S !
J'y vois encore la jolie mousse de la promenade au Selbourg... et la première fleur de mon petit jardin... J'avais été au tableau d'honneur, ce jour-là... J'avais échappé à tous les jurys... Quel bon tour j'ai fait avec Marie dans l'allée des roses!... Quelle bonne causette sous le grand
pommier!... Comme nous avons joué sur la place Saint- Jean!,., à Colon... aux chevaliers de la Marjolaine... J'ai joué mon morceau à la soirée. Mon article était au journal; j'avais eu un 5... Le lendemain, j'ai deviné une sorcière... Et llOtre joli bal... (Air de danse. Un couple entre en valsant. Puis reprend un autre air. Les Souvenirs s'en vont en délilant devant la dormeuse. Chacun lui parle en passant.)
l'allée des roses.
Les choses du bon Dieu valent mieux que les parades du monde.