‹ Théâtre du Petit Château. IllusChapitre 77 sur 90 · SCENE II MADAME GUDIN, MADAME BARBIER · texte numérisé non relu

SCENE II MADAME GUDIN, MADAME BARBIER

MADAME GUDIN

Hé ! c'est ma chère Marie. Oh ! quel bonheur ! (Elles s'embrassent.)

MADAME BARBIER

Il y a bien longtemps, n'est-ce pas, Fanny, que nous ne nous sommes vues?

MADAME GUDIN

Oh ! oui , bien longtemps, vilaine. Vous savez bien pourtant que mes seuls bons moments sont ceux que nous passons ensemble.

MADAME BARBIER

Ah! ma chère amie, si vous saviez combien j'ai peu de temps à moi ! M. Barbier a été tout malade ces jours-ci , et mon petit Paul a presque failli m'inquiéter, tant il toussait.

MADAME GUDIN

Je vous en dirai bien autant. Virginie ne travaille plus depuis quelque temps : elle a toujours mal à la tête, et

M. Gudin a ses rhumatismes. C'est bien grognon, ma bonne Marie, un homme qui a des rhumatismes!

JEANNETTE, entrant.

Madame, je ne trouve plus le compte des chemises de monsieur. Il en manque trois sur la dernière douzaine en toile.

MADAME GUDIN

Eh! que voulez -vous que j'y fasse, Jeannette? Cherchez-les; c'est votre affaire.

JEANNETTE

J'ai cherché, madame.

MADAME GUDIN

Eh bien! cherchez encore, et laissez-moi tranquille.

J E A N N E T TE, à part , en sortant.

Si tu crois que je vas me fouler la rate? Trois de plus ou de moins, il en aura bien toujours assez.

MADAME GUDIN

Ah ! quel ennui ! Cela va encore, bien sur, retomber sur moi. Je connais M. Gudin : ce sera toute une scène.

MADAME BARBIER

Si vous voulez aller voir, Fanny, je vous attendrai ?

MADAME GUDIN

Non pas, non pas. Je vous ai pour un moment, c'est bien le moins que j'en jouisse. Ah ! Marie, nous étions

bien plus heureuses du temps que nous courions sur la place Saint- Jean.

MADAME BARBIER

"Vous rappelez-vous l'allée des roses? Comme elle était jolie quand les rosiers étaient en fleurs! Que j'aurais de plaisir à la revoir maintenant !

MADAME GUDIX.

Et notre petit jardin que vous arrosiez si bien ! Qu est-il devenu ?

MADAME BARBIER

Et le grand pommier sous lequel nous allions nous asseoir le dimanche, quand nous n'avions pas la pèlerine !

MADAME GUDIN

Oh! nous! c'est par politesse, ce que vous dites là. Vous ne l'aviez jamais, vous, Marie.

MADAME BARBIER

Vous souvenez-vous, Fanny, de nos grandes .promenades dans la montagne, et des couronnes que nous avons faites aux trois châteaux de Ribeauvillé ?

JEANNETTE, entrant.

M. Barbier envoie chercher madame. Le médecin est arrivé.

MADAME BARBIER

Ah! mon Dieu! Je ne l'attendais que ce soir. J'y vais

bieil Vite. Mei'Ci, Jeannette. (Elle embrasse madame Guilin.) Au

revoir, ma chère Fanny. Cette visite-ci ne comptera pas.

'Elle sort avec Jeannette.)

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