SCENE IV
VIRGINIE, MADAME G UD IN, puis JEANNETTE.
VIRGINIE, entrant.
Mère, je m'ennuie toute seule. Fais-moi jouer.
MADAME GUDIN, à part.
Oh î mon plus cher devoir, celui qui devrait m'être te plus facile! Ai-je la conscience bien nette avec lui? (eiio
attire Virginie sur ses genoux. Tendrement.) Venez ici, mademoiselle, et regardez-moi dans le blanc des yeux.
VIRGINIE
Quoi, maman?
MADAME GUDIN
Est-ce bien vrai que nous avons mal à la tête?
VI RGINIE, cachant sa tête sur le sein de sa mère.
Oh! maman, j'ai été un peu paresseuse; pardonnemoi.
MADAME GUDIN
Est-ce que cela ne t'amuse pas, l'anglais?
VIRGINIE
J)ame! maman, pas beaucoup.
MADAME GUDIN
Est-ce que cela ne t'amuserait pas de faire plaisir à ton papa ?
VIRGINIE
Oh ! si, maman. Je ferai tout ce que tu voudras.
MADAME GUDIN
Tu sais comme il aurait en\ie que tu lui écrives une petite lettre en anglais. Mets-toi là; nous allons la faire ensemble.
VIRGINIE
Oh ! maman, que tu es bonne ! Ce pauvre papa qui souffre tant quelquefois, il faut bien aussi lui faire un peu de joie.
JEANNETTE, entrant.
Madame, j'ai étendu tout ce qu'on pouvait étendre. Je suis au bout de la corde. J'ai retrouvé une chemise des trois; mais les deux autres, il n'y a pas moyen.
MADAME GUDIN
Attendez-moi, Jeannette; je vais aller chercher avec vous. Tenez, je vous apporterai de la grosse ficelle : nous raccommoderons ensemble les cordes cassées.
JEANNETTE
Merci, madame, (a part.) À la bonne heure au moins, quand on vous aide il y a du plaisir. Si madame était toujours comme cela! (Eiie sort.)
MADAME GUDIN
Commence ta lettre toute seule, ma petite Virginie. Je viendrai t' aider tout à l'heure.
VIRGINIE
Oui, maman. Je veux bien travailler pour en prendre l'habitude, et pour que tu sois contente de moi quand je serai en pension.
MADAME GUDIN, l'embrassant.
Chère enfant, tu vas être ma seconde jeunesse. Fais revivre en moi les souvenirs de la première. Ils me font tant de bien !