SCÈNE IV
O, HQMODEI.
(■ooMMlei pose k maÎB sur répaide de Rodolfev. Jlodolfu m retourne
. et le regarde avec stupeur.)
nOMOKEI.
VoQs ne Yons appelez pas Rodolfo. Tons vous a^rpelez Ezzelino da Komana. Tous êtes d*une ancienne famille qui a régné à Padoue, et qui en est l)annte depuis deux cents ans. Tous errez de ville en ville sous im faux nom, vous hasardant quelquefois dans FÉtat de Tenise. H y a sept ans, à Tenise même, vous aviez vingt ans alors, vous \ites un jour dans une église une jeune fille très-belle, dans réglise de Saint*Georges-le-Grand. Tous ne la suivîtes pas : à Tenise, suivre une femme, c'est chercher un coup de stylet ; mais vous revîntes souvent dans Téglise. La jeune fille y revint aussi. Tous fûtes pris d'amour pour elle, elle pour vous. Sans savoir son nom, car vous ne Pavez jamais su, et vous ne le savez pas en • core, elle ne s'appelle pour vous que Catarina, vous trouvâtes moyen df*. lui écrire, elle de vous répondre. Vous obtîntes d'elle des rendez-vous chez une femme nommée la béate Cécilia. Ce fut entre elle et vous un
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amour éperdu ; mais elle resta pare. Cette jeune fille était noble : c'est tout ce que vous saviez d'elle. Une noble vénitienne ne peut épouser qu*un noble vénitien ou un roi : vous n'êtes pas Vénitien et vous n'êtes plus roi. Banni d^ailleurs, vous n'y pouviezasp^irer. Un jour elle manqua au rendeznvous ; la béale Cécilia vojurapprit qu'on l'avait mariée. Du ^este, vous ne pûtes pas plu& savoir le nom du mari que vous n'aviez su celui du père. Vous quittâtes Venise. Depuis ce jour^ vous vous êtes enfui par toute l'Italie; mais l'amour vous a suivi. Vous avez jeté votre vie au plaisir, aux distractions, aux folies, aux vices. Inutile. Vous avez tâché d'aimer d'autres femmes, vous avez cru même en aimer d'autres, cette comédienne, par exemple, la Tisbe. Inutile encore. L'ancien amour a toujours reparu sous les nouveaux. Il y a trois mois, vous êtes venu à Padoue avec la Tisbe, qui vous fait passer pour son frère. Le podesta, monseigneur Angelo Malipieri, s'est épris d'elle, et vous, voici ce qui vous est arrivé. Un soir, le seizième jour de février, une femme voilée a passé près de vous sur le pont Molino, vous a pris la main et vous a mené dans la rue Sanpiero. Dans cette rue sont les ruines de l'ancien palais Magaruffi, démoli par votre ancêtre Ezzelin III ; dans ces ruines il y a une cabane ; dans cette cabane vous avez trouvé la femme de Venise que vous aimez et qui vous aime depuis sept ans. A partir de ce jour, vous vous êtes rencontré trois fois par semaine avec elle dans cette cabane. Elle est restée tout à la fois fidèle à son amour et à son honneur, à vous et à son mari. Du reste, cachant toujours son nom, Catarina, rien de plus. Le mois passé, votre bonheur s*est rompu brusquement. Un jour, elle n'a point paru à la cabane. Voilà cinq semaines que vous
ne Tavez yue. Cela tient à ce que son mari se défie d'elle et la garde enfermée. — Nous sommes au matin, le jour va paraître. •— Vous la cherchez partout, vous ne la trouvez pas, vous ne la trouverez jamab. — ^Voulez-vous la voir ce soir?
RODOLFO, le regardant fixement.
Qui êtes-vous?' ^ '
HOMODEI.
Ah I dt:s questions. Je n'y réponds pas. — Ainsi vous ne voulez pas voir aujourd'hui cette femme?
RODOLFO
Si I si ! la voir 1 je veux la voir. Au nom du ciel ! la revoir un instant et mourir 1
HOMODBI.
Vous la Terrez»
Où?
Chez elle.
HOMODEI.
RODOLFO
Mais, dites- moi, elle ! qui est-elle? son nom?
f HOMODEI.
Je vous le dirai chez elle.
RODOLFO
Ah I TOUS venez du ciel 1
HOMODEI.
Je n'en sais rien. —Ce soir, au lever de la lune, -« à minuit, c'est plus simple, ^ trouvez-vous à Tangle du palais d'Albert de Baon, me Santo-Urbano. J'y serai. Je TOUS conduirai. A minuit.
RODOLFO
Merci 1 Et vous ne Toulez pas me dire qui vous êtes'
294 AJVGELO.
HQ«K>|>£i:«
Qui je vétk^ Us Idiot*
ROBOLFOt. resté aeaU
Qnel est cet homme ? Ah ! qu'importe ? Mînnil ! à aDÎ* nuit! Qa'il y a loin d'ici minuit 1 Oh * Catarina ! pour r heure qu'il me promet, je lui aurais donné ma vie !
(Entre la Tisbe.)