ACTE I, PARTIE I, SCÈNE V
c qui te tueraient comme ils ont tué ton père. Le sei;ret c de ta naissance, mon enfant, je veux être la seule à le
< savoir. Si tu le savais, toi , cela est à la fois si triste c et si illustre que tu ne pourrais pas t'en taire ; la jeu- « nesse est confiante, tu ne connais pas les périls qui « t'environnent comme je les connais ; qui sait? tu vou- « drais les affronter par bravade de jeune homme, tu « parlerais ou tu te laisserais deviner, et tu ne vivrais c pas deux jours. Oh non I contente-toi de savoir que tu a as une mère qui t'adore et qui veille nuit et jour sur « ta vie. Mon Gennaro, mon fils, tu es tout ce que « j'aime sur la terre; mon cœur se fond quand je songe
< à toi. »
(Elle s'interrompt pour dévorer une larme.) GENNARO.
Gomme vous lisez cela tendrement I On ne dirait pas que vous lisez, mais que vous parlez. — Ah ! vous pleurez! — Vous êtes bonne, madame, et je vous aime de pleurer de ce qu'écrit ma mère.
(n reprend la lettre, la baise de nouveau, et la remet dans sa poitrine.)
-— Ouïr ^oQs voyez, il y a en bien des crimes autour de mon berceau. — Ma pauvre mère ! — n'est-ce pas que vous comprenez maintenant que je m'arrête peu aux galanteries et aux amourettes, parce que je n'ai qu'une pensée au cœur, ma mère I Oh ! délivrer ma mère ! la servir, la venger, la consoler, quel bonheur! Je penserai à l'amour après ! Tout ce que je fais, je le fais pour être digne de ma mère. Il y a bien des aventuriers qui ne sont pas scrapnleux, et qui se battraient pour Satan après s'être battus pour saint Michel; moi, je ne sers que des causes justes ; je veux pouvoir déposer un jour aux pieds de ma mère une ia)é6 neite et loyale comme celle
. 34 LUCRECE BOfiGU.
d'ua empereur. «— Tenez madame, oa m'a offert un gros enrôlem«it au service de cette infâme madame Lucrèce Borgia. J^ai refusé.
DOHA I.UCRSZIA.
Gennaro ! — Geonaro 1 ayes pitié des méchants ! Vous ne savez fias ce qui se passe dans leur coeur»
j GSH1VARO.
Je n'ai pas pitié de qui est sans pitié. — Mais laissons oela^ madame ; et maîntanant que je vous ai dit qui ye suis, faites de même , et dites-moi à yotre tour cpà tous êtes.
DONJL LUCRSZIA.
Une femme qui vous aime, Gennaro.
GENKAROw
Mais votre nom?...
BON A LUCmSZIA.
Ne m^en demandez pas plus.
(Des fiamljeaux. Entrent sree bmk Jeppo «t Mslfio. Dona Locrcsia remet son msmgae précipitiMirnt.)