ACTE I, PARTIE 11^ SCENE IIL
GfiNKAAO.
Qae venx-ta dire?
MAFFIO) loi montiant récharpe qu'il porte*
Cette écharpe?
JSPPO.
Ce sont en effet les ooulenrs de Lucrèce Borgia.
GBNNARO.
C'est Fiammetta qui me Ta envoyée.
MAFFIO
Ta le crois. Lncrèce te l*a fait dire. Mais c'est Lucrèce qui a brodé. Técharpe de ses propres mains pour toi«
genharo.
En es-tu sâr» Maffio? Par qui te sais-tu?
MAFFIO
Par ton valet qui t'a remis l'écharpe et qu*elle a gagné.
GBNNARO.
Damnation !
(n «rrache l'écharpe, la déchire et k foale rus pieds.) DONA LUCREZIAt à part.
Hélas 1
(Elle referme la jalouie et ae retire.)
S1AFPIO»
Cette femme est belle pourtant 1
• JBPPO.
Oui, mais il y r quelque chose de sinistre empreint sur sa beauté.
MAFFIO
Cest un ducat d'or à l'effigie de Satan.
GENNARO
Oh ! maudite soit cette Lucrèce Borgia ! Vous dites qu'elle m'aime, cette femme! Hé bien, tant mieux! que
ce soit son châtiment! elle me fait horreur! Oni, elle me fait horreur! Tu sais, Maffio, cela est toujours ainsi; il n*y a pas moyen d'être indifférent pour une femme qui nous aime. Il faut l'aimer ou la haïr. Et comment aimer celle-là ? Il arrive aussi que, plus on est persécuté par Famour de ces sortes de femmes, plus on les hait. Celle-ci m'obsède, m'investit, m'assiège. Par où ai-je pu mériter l'amour d'une Lucrèce Borgia? Cela n'est-il pas une honte et une calamité ! Depuis cette nuit où vous m'avez dit son nom d'une façon si éclatante, vous ne sauriez croire à quel point la pensée de cette femme scélérate m'est odieuse. Autrefois je ne voyais Lucrèce Borgia que 'de loin, à travers mille intervalles, comme un fantôme terrible debout sur toute l'Italie, comme le spectre de tout le monde. Maintenant ce spectre est mon spectre à moi ; il vient s'asseoir à mon chevet; il m'aime, ce spectre, et vent se coucher dans mon lit! Par ma mère, c'est épouvantable! Ah! Ma£Bo? elle a tué monsieur de Gravina, elle a tué ton frère! Uc bien, ton frère, je le remplacerai près de toi, et je le vengerai près d'elle ! — Voilà donc ison exécrable palais! palais de la luxure, palais de la trahison, palais de l'assassinat, palais de l'adultère, palais de l'inceste, palais de tous les crimes, palais de Lucrèce Borgia! Ohl la marque d'infamie que je ne puis lui mettre au front à cette femme, je veux la mettre au moins au front de son palais!
(U monte sur le banc de pierre qui est au-dessous du balcon, et avec son poignard, il fait sauta: la première lettre du nom de Borgia gravé sur le mur, de façon qu'il ne reste plus que ce mot : ORGIA.)
MAFFIO
Que diable fait-il?
JEPPO.
GennarOy cette lettre de moins au nom de madame Lucrèce, c'est ta tète de moins sur tes épaules.
GUBETTA
Monsieur Gennaro, voilà un calembour qui fera lonettre demain la moitié de la ville à la question.
GENNARO
Si l'on cherche le coupable, je me présenterai.
GUBETTA, à part.
Je le voudrais, pardieu ! Cela embarrasserait madame Lucrèce.
(Depuis quelques instants, deux hommes vètas de noir se promènent
sur la place et observent.)
AIAFFIO.
Messieurs, voilà des gens de mauvaise mine qui nous regardent un peu curieusement. Je crois qu'il serait prudent de nous séparer. — Ne fais pas de nouvelles folies, frère Gennaro.
GENNAilO.
Sois tranquille, Maffio. Ta main ? — Messieurs, bien de la joie cette nuit !
(Il rentre diez lui; les antres se dispersent.)