ACTE 11, PARTIE II, SCENE I
dit. En ce moment il attend son maître derrière la citadelle avec deux chevaux sellés. Le Gennaro va sortir pour l'aller rejoindre dans un instant.
DON ALPHONSE
En ce cas, embusquons-nous derrière l'angle de sa maison. Il est nuit noire. Nous le tuerons quand il passera.
RUSTIGHELLO.
Comme il vous plaira.
DON ALPHONSE
Ton épée est bonne ?
RUSTIGHELLO.
Oui.
DON ALPHONSE
Tu as un poignard ?
RUSTIGHELLO.
Il y a deux choses qu*il n'est pas aisé de trouver sous le ciel; c*est un Italien sans poignard, et une Italienne sans amant.
DON ALPHONSE
Bien. — Tu frapperas des deux mains.
RUSTIGHELLO.
Monseigneur le duc, pourquoi ne le faites- vous pas arrêter tout simplement et pendre par jugement du fiscal?
DON ALPHONSE
11 est sujet de Venise, et ce serait déclarer la guerre à la république. Non. Un coup de poignard vient on ne sait d'où, et ne compromet personne. L'empoisonnement vaudrait mieux encore, mais l'empoisonnement est manqué.
RUSTIGHBLLO.
Alors, voulez-vous, monseigneur, que j'aille chercher quatre sbires pour le dépêcher sans que vous ayez la peine de vous en mêler ?
DON ALPHONSE
Mon cher^ le seigneur Machiavel m'a dit souvent que, dans ces cas-là , le mieux était que les princes fissent leurs affaires eux-mêmes.
RUSTIGHBLLO.
Monseigneur, j'entends venir quelqu^un.
DON ALPHONSK*
Rangeons-nous le long de ce mur.
(Ils se caclient dans Tombre^ soas le balcon. — Paraît MafBo en habit de fête, qui arrive en fredonnant et va frapper à la porte de Gennaroa)