‹ Théâtre du Petit-Château (volume 2)Chapitre 56 sur 147 · ACTE m» SCÈNE UI. lit · texte numérisé non relu

ACTE m» SCÈNE UI. lit

BOITA LUCRBZU.

Eorore voas, Gennaro 1 Toujours vous sons tous lescoups que je frappe! Dieu du ciell comment vous êtes - ▼ons m^é à ceci ?

GENNARO

Je me doutais de tout.

DONA LUCREZIA

Vous êtes empoisonné encore une fois. Vous allez mourir !

GENNARO

Si je veux. — J'ai le contre-poison.

nONA LUCREZIA.

Ah! oui. Dieu soit loué!

GENNARO

Un mot, madame. Vous êtes experte en ces matières. T a-t-il assez d'élixir dans cette fiole pour sauver lesgentilshommes que vos moines viennent d 'entraîner dans ce tombeau ?

DON A LUCREZIA, examinant la fiole.

Il y en a à peine assez pour vous, Gennaro I

Vous ne pouvez pas en avoir d'autre sur-le-champ ?

nONA LUCREZIA.

Je vous ai donné tout ce que j'avais.

GENNARO

C'est bien.

DONA LUCREZIA

Que faites-vous, Gennaro? Dépèchez-vous donc. Ne jouez pas avec des choses si terribles. On n'a jamais assez tôt bu un contre-poison. Buvez, au nom du ciel ! Mon Dieu ! quelle imprudence vous avez faite là I Mettez

votre vie en sûreté. Je vous ferai sortir da palais par. une porte dérobée que je connais. Tout peut se réparer encore. Il est nuit. Des chevaux seront bientôt sellés. Demain matin vous serez loin de Ferrare. N'est-K;e pas qu'il s^y fait des choses qui vous épouvantent ? Buvez, et partons. Il faut vivre I il faut vous sauver I

GENNA.RO, prenant un coutean sor la table.

C'est-à dire que vous allez mourir, madame!

DONA LUGREZIA

Comment! que dites- vous?

GENNARO

Je dis que vous venez d'empoisonner traîtreusement cinq gentilshommes, mes amis, mes meilleurs amis, par le ciel ! et parmi eux, Maffîo Orsini, mon frère d^ armes, qui m* avait sauvé la vie à Vicence, et avec qui toute injure et toute vengeance m'est commune. Je dis que c'est une action infâme que vous avez faite là, qu'il faut que je venge Maffio et les autres, et que vous allez mourir !

DON A LUGREZIA.

Terre et cîeux !

GENNARO

Faites votre prière, et faites-la courte, madame. Je suis empoisonné. Je n'ai pas le temps d'attendre.

DONA LUGREZIA.

Bah ! cela ne se peut. Ah bien oui 1 Gennaro me tuer ! Est-ce que cela est possible ?

GENNARO

C'est la réalité pure, madame, et je jure Dieu qu'à votre place je me mettrais à prier en silence, à mains jointes et à deux genoux. — Tenez, voici un fauteuil qui est bon pour cela

ACIE m, SCENE m. 113

DONA LUCREZIA

Nom. Je TOUS dis que c^est impossible. Non, parmi les plus terribles idées qai me traversent Pesprit, jamais celle-ci ne me serait Tenue. — Hé bien! hé bien ! vons levez le couteau ! Attendez, Gennaro ! Tai quelque chose à vous dire!

GENNARO

Vite.

DONA LUCREZIA

Jette ton couteau, malheureux! Jette-le, te dis-jel Si tu saVab.... -— Gennaro ! Sais-tu qui tu es? Sais-tu qui je suis? Tu ignores combien je te. tiens de près! Faut-il tout lui dire? JLe même sang coule dans nos veines, Gennaro! Tu as eu pour père Jean Borgia, duc de Gandia!

GENNARO

Votre frère I Ahl vous êtes ma tante! Ah! madame!

DONA LUCREZIA, à part.

Sa tante!

GENNARO

Ah! je suis Totre neveu! Ah! c'est ma mère, cette infortunée duchesse de Gandia, que tous les Borgia ont rendue si malheureuse ! Madame Lucrèce, ma mère me parle de tous dans ses lettres. Vous êtes du nombre de ces parents dénaturés dont elle m'entretient avec horreur, et qui ont tué mon père, et qui ont noyé sa destinée, à elle, de larmes et de sang. Ah! j'ai de plus mon père à venger, ma mère à sauver de vous maintenant ! Ah I vous êtes ma tante ! Je suis un Borgia ! Oh I cela me rend fou! — Écoutez-moi, dona Lacrezia Borgia j vons avez ▼écD longtemps, et vous êtes si couverte d'attentats que vons devez eu être devenue odieuse et abominable à

vous-même. Vous ctes fatiguée de vivre, sans nul doute, n'est-ce pas? Eh bien I il faut en finir. Dans les familles comme les nôtres, où le crime est héréditaire et se transmet de père en fils comme le nom, il arrive toujours qne cette fatalité se clôt par nn meurtre, qui est d'ordinaire un meurtre de famille, dernier crime qui lave tous les autres. Un gentilhomme n'a jamais été blâmé pour avoir coupé une mauvaise branche à Farbre de sa maison. L'Espagnol Mudarra a tué son oncle Rodrigue de Lara pour moins que vous n'avez fait. Cet Espagnol a été loué de tous pour avoir tué son oncle, entendez-vous, ma tante? — Allons! en voilà assez de dit là-dessus! Recommandez votre àme à Dieu, si vous croyez à Dieu et à votre àme.

DONA LUCREZIA

Genuaro ! par pitié pour toi! Tu es innocent encore! Ne commets pas ce crime ?

GENNARO

Un crime ! Oh ! ma tète s'égare et se bouleverse ! Sera-ce un crime? Eh bien! quand je commettrais un crime! Pardieu! je suis un Borgia, moi! A genoux, vous dis-je, ma tante ! à genoux !

DONA LUCREZIA

Dis-luen effet ce que tu penses, mon Gennaro? Est-ce ainsi que tu payes mon amour pour toi ?

GENNARO

Amour!...

DONA LUCREZIA

C'est impossible. Je veux, te sauver de toi -même. Je vais appeler. Je vais crier.

GENNARO

Voua n'ouvrirez point cette porte. Vous ne ferez point

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