‹ Théâtre du Petit-Château (volume 2)Chapitre 73 sur 147 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LA. RElINEi splendidement vêtue , couchée «iir un lit de repos; FABIANO FABIANI, asâs sur nn pliant à c6té; magnifique costume, la jarretière.

VABIANI 9 une guitare à la main, chantant.

Quand tu dort, calme et pure^ Dans Fombre sous mes yeuX| Ton haleine murmure Des mots harmonieux.

Ton beau corps se révèle SaDS voile et sans atours.... —

Daraiflz, ma Mit \

Bormez toujonn !

Quand tu me dis : c Je t'aime ! i

O ma beauté, je croi.

Je crois que le ciel même

S'ouvre au-dessus de moi !

Ton regard étincelle

Du beau feu des amours....—

AimeZy. ma belle !

Aimez toujours !

Voisr-lu? tonte la vàe Tient dans ces quatre mata, Tous les biens qu^on envie, Tous les biens sans les maux i Tout ce qui peut séduire Tout ce qui peut dbaimer.... —

Cbanter et rire,

Dormir, aimer !

(Il pose la guitare à* tenv.)

Oh ! je vous aime plus que je ne peux dire, madame! 4uais ce Simon Renard! ce Sîmim Renard, plus puisrsant que vous-même ici f je le hais.

LA a£IN£.

Vous savez bien que j|e n'j puis iden*^ ni7lcR*d* Il est <icî le légat du prince d'Espagne, mon futur mari.

FÀBIANI.

Votre futur mari!

LA REINE

Allons, mylord', ne parlons phis de cela. Je vous ^ime, que vous faut-il de plus? Et puis voici qu'il est >temps de vous en aller.

JOURNÉE II, SCÈNE L iëP

FABXAm.

Marie, encore un instant!

-LA RBIRE* ~

Mais c'est l'heure oii le conseil étroit va s'assembler^ Il n'y m en id jnsqa'à cette heure qne la femme, il faut laisser entrer la reine.

Je veux, moi, que la femme fasse attendre la reine à> la porte.

LA REINB.

Vous vodlez, vous! vous voulez, vonsl Regardez-moi,, mylord. Tn as une jeune et charmante tète, Fabiano!

FARIANI.

C'est TOUS qui êtes belle, madame! Vous n'auriez: besom que de votre beauté pour être toute-puissante. 11 y a sur votre tête quelque chose qui dit que vous êtes la reine, mais cela est encore bien mieux écrit sur votre Iront que sur votre couronne.

LA BEINE.

Vous me flattez.

FABIANI

Je t^aime.

LA RBniE.

Tu m'aimes, n'est-ce pas? Ta n'aimes que moi? Redis le-raoi encore comme cela, avec ces yeox-là. Bêlas! nous autres pauvres femmes, nous ne savons jamais ai» juste ce qui se passe dans le cœur d'un homme; noussommes obligées d'en croire vos yeux, et les plus beam, Fubiano, sont quelquefois les plus mentenn. . Mais dans les Jtiens, jnjlord, il y a tant de loyauté, tant de candeur, tant de bonne foi, qu'ils ne peuvent mentir cem«4ii, n'est-ce pas? Oui, ton regard est nùT et sin*

U2 MAAIE TUDOR.

cère, mon beau page. Oh! prendre des yeux célestes pour tromper, ce serait infernal. Ou tes yeux sont les yeux d'un ange, ou ils sont ceux d'un démon.

FABIANI

Ni démon, ni ange. Un homme qui vous aime.

LA REINE

Qui aime la reine? ^ '

FABIANI

Qui aime Marie,

JJL REINB.

Écoute, Fabiano, je t'aime aussi, moi. Tu es jeune, il y a beaucoup de belles femmes qui te regardent fort doucement, je le sais. Enfin, on se lasse d'une reine comme d'une autre. Ne mMnterromps pas. Si jamais tu deviens amoureux d'une autre femme, je veux que tu me le dises. Je te pardonnerai peut-être si tu me le dis. Ne m'interromps donc pas. Tu ne sais pas à quel point je t'aime, je ne le sais pas moi-même 1 11 y a des moments, cela est vrai, où je t'aimerais mieux mort qu'heureux avec une autre; mais il y a aussi des moments oh je t'aimerais mieux heureux. Mon Dieu! je ne sais pas pourquoi on cherche à me faire la réputation d'une méchante femme.

FABIANI

Je ne puis être heureux qu'avec toi, Marie. Je n'aime que toi.

LA REINE

Bien sûr? regarde-moi. Bien sûr? Oh! je suis jalouse par instants ! je me figpre, — quelle est la femme qui n'a pas de ces idées-là? — je me figure quelquefois que tu me trompes. Je voudrais être invisible, et pouvoir te suivre^ et toujoui*s savoir ce que tu fais, ce que tu

dis, où ta es. Il y a dans les contes des fées une bague qui rend invisible; je donnerais ma couronne pour cette bague-là. Je m'imagine sans cesse que tu vas voir les belles jeunes femmes qu'il y a dans la ville. Oh! il ne faudrait pas me tromper, vois tu !

FABIANI

Mais ôtezrvous donc ces idées* là de l'esprit, madame! Moi TOUS tlromper, madame, ma reine, ma bonne maîtresse I Mais il faudrait que je fusse le plus ingrat et le plus misérable des hommes pour cela ! Mab je ne vous ai donné aucune raison de croire que je fusse le plus ingrat et le plus misérable des hommes! Mais je t'aime, Marie! mais je t'adore 1 mais je ne pourrais seulement pas regarder une autre femme! Je t'aime, te dis- je! mais est-ce que tu ne vois pas cela dans mes yeux? Oh ! mon Dieu I il y a un accent de vérité qui devrait persuader, pourtant. Voyons, regarde-moi bien, est-ce que j'ai l'air d'un homme qui le trahit? Quand un homme trahit une femme, est-ce que cela ne se voit pas tout de suite ? Les femmes ordinairement ne se trompent pas à cela. Et quel moment choisis-tu pour me dire des choses pareilles, Marie ? le moment de ma vie où je t'aime peut-être le plus! C'est vrai, il me semble que je ne t'ai jamais tant aimée qu'aujourd'hui! Je ne parle pas ici à la reine. Pardieu, je me moque bien de la reine. Qu'est-ce qu'elle peut me faire la reine? elle peut me faire couper la tète, qu'est-ce que cela? Toi, Marie, tu peux me briser le cœur! ce n'est pas Votre Majesté que j'aime, c'est toi. C'est ta belle main blanche et douce que je baise et que j'adore, et non votre sceptre, madame!

LA RSIRB.

Merci, mon Fabiano. Adieu. — Mon Dieu! mylord.

que l'ous êtes jeune! les beaux cheveux noirs et ta charmante tète que voilà! — Revenez dans une heure.

TABIANI.

Ce que vous appelez une heure, tous, je l'appelle un siècle^ moi!

(B Mit.)

(Sitte qa*il est flard, la ariae se 1ère prScipîtaiMHBft, te « une porte masquée, Vomne et iatroduit Simon Rewvd.)

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