‹ Théâtre du Petit-Château (volume 2)Chapitre 79 sur 147 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

Les MAmes, FABIAISI.

LA REINE

Ah I le voici I...

(Elle se remet à parler bas à Simon Renard.)

FABIANI 9 k part, salué par tout le monde et regardant antour

de Ini.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Il n'y a que de mes ennemis ici, ce matin. La reine parle bas à Simon Re«nard. Diable! elle rit! mauvais signe!

LA REINE, gracieosement à Fabiani.

Dieu vous garde, mylord I

FABIANI, saisissant sa main qa*il baise.

Madame. ...

(A part.)

— Elle m'a souri. Le péril n'est pas pour moi. LA REINE, toajonn gradeose.

Tai à vous parler.

OSlIe Tient avec lot sw le durant dn théâtre.)

202 MAHIE TUDOR.

9ABIANI.

Et moi aussi j'ai à voas parler, madame. J'ai des reproches à voas faire. M'éloigner, m*exiler pendant si 4ongtemps 1 AJi 1 il n'en serait pas ainsi, si daas les lienres d'absence yoiis songiez à moi camme je songe à vous.

Vous êtes injuste ; depuis que vous m'avez quittée je «e m'occupe que de vous*

FABIANI

£st-il bien vrai? ai-je tant de bonheur? répétez-le-moi.

LA RSINBy toajoim souriant.

Je vous le jure.

FABIANI

Vous m'aimez donc comme je vous aime?

UL BEINB.

Oui, mylord. Certainement, je n'ai pensé qu'à ydus. Tellement cfue j'ai songé à vous ménager une surprise agréable à votre retour.

FABIAKI.

Comment! quelle surprise?

LA BBIME.

Une rencontre qui vous fera plaisir.

VABLàiri.

La rencontre de qui ?

LA RSIBE.

Devinez. — Vous ne devinez pas?

FABIANI

Non, madame.

LA REINE

Tournez-vous.

(Il se retourne et aperçoit Jane sur le senil de la petite porte

entr'owvrtek)

FàBIANI) à part.

Jane !

JANE, à part«

Cesthîl

LÀ RBINE9 tOD jours avec an BOarire.

Mylord, connaissez -vous cette jeune fille?

FABIASI.

Non, madame.

LÀ RBINR.

Jeune fille, connaissez* vous mylord?

JÀNB.

La vérité avant la vie. Oui, madame.

LÀ REINE

Ainsi, mylord, vous ne connaissez pas cette femme ?

FÀBIÀNI.

Madame I on veut me perdre. Je suis entoure dVnneaïs. Cette femme est liguée avec eux sans doute. Je ne la ecnnais pas, madame ! je ne sais pas qui elle est, madame.

Là REINE, se levant et lai frappant le visage de acm gant.

Ah ! tu es un lâche ! — Ah ! tu trahis Pnne et tu renies Tautre ! Ah ! tu ne sais pas qui elle est ! Veux^tu que je te le dise, moi ? Cette femme est Jane Talbot, fille de Jean Talbot, le bon seigneur catholique mort sur réchafaad pour ma mère* Cette femme est Jane faJbotj jna cousine ; Jane Talbot, comtesse de Shrews*bary, comtesse^e Wexford, comtesse de Waterford, pairesse d'Angleterre ! Voilà ce que c'est qae cette femme ! — Lord Paget, vous êtes commissaire du sceau privé, Yoms tiendrez compte de nos paroles. La Reine d'Angleterre reconnaît solennellement la jetme femme ici

présente pour Jane, fille et unique héritière du dernier comte de Waterford.

(Montrant les papiers.)

— ^syoici les titres et les preuves que vous ferez scellei du grand sceau. C'est notre plaisir.

(A Fabiani.)

— Oui, comtesse de Waterford I et cela est prouve;! et tu rendra^ les biens, misérable I — Ah I tu ne connais pas cette {eaxme 1 Ah I tu ne sais pas qui est cette femme I eh bien I je te l'apprends, moi ! c'est Jane Talbot ! et faut-il t'en dire plus encore ?...

(Le regardant en face^ à Toix basse, entre les denti.)

— Lâche I c'est ta maltresse !

FABIANI

Madame....

LA REINB.

Yoilà ce qu'elle est ; maintenant voici ce que tu es, toi. — Tu es un homme sans âme , un homme sans cœur, un homme sans esprit ! tu es un fourbe et un misérable I tu es.... — Pardieu, messieurs, vous n'avez pas besoin de vous éloigner. Cela m'est bien égal que vous entendiez ce que je vais dire à cet homme ! je ne baisse pas la voix, il me semble. — Fabiano I tu es un misérable, un traître envers moi, un lâche envers elle, un valet menteur, le plus vil des hommes, le dernier des hommes I Cela est pourtant vrai, je t'ai fait comte de Clanbrassil, baron de Dinasmonddy, quoi encore ? baron de Darmouth en Devonshire. £h bien ! c'est que j'étais folle ! Je vous demande pardon de vous avoir fait coudoyer par cet homme-là, mylords. Toi, chevalier ! toi, gentilhomme ! toi, seigneur! mais compa[te-toi donc un peu à ceux qui sont cela, misérable l mais regarde.

en Toilà antour de toi, des gentilshommes ! voilà Bridges, baron Ghandos. Voilà Seymour, duc de Somerset. Voilà les Stanley, qui sont comtes de Derby depuis l'an quatorze cent quatre-vingt-cinq I Voilà les Clinton , qui sont barons de Clinton depuis Tan douze cent quatre-vingt-dix-huit I Est-ce que tu t'imagines que tu ressembles à ces gens-là, toi I Tu te dis allié à la famille espagnole de Pçnalvar, mais ce n'est pas vrai, tu n'es qu'un mauvais Italien, rien ! moins que rien I fils d'un chaussetier du village de Larino I — Oui, messieurs, fils d'un chaussetier ! Je le savais et je ne le disais pas, et je le cachais, et je faisais semblant de croire cet homme quand il parlait de sa noblesse. Car voilà comme nous sommes, nous autres femmes. mon Dieu I je voudrais qu'il y eût des femmes ici, ce serait une leçon pour toutes. Ce misérable I ce misérable ! il trompe une femme, et renie l'autre ! infâme I certainement, tu es bien infâme ! Comment! depuis que je parle il n*est pas encore à genoux I à genoux, Fabiani l mylords, mettez cet homme de force à genoux !

FABIANI

Votre Majesté....

LÀ RBINE.

Ce misérable, que j'ai comblé de bienfaits I ce laquais napolitain, que j'ai fait chevalier doré et comte libre d'Angleterre 1 Ah 1 je d*ivais m*attendre à ce qui arrive I on m'avait bien dit que cela finirait ainsi. Mais je suis toujours comme cela, je m'obstine, et je vois ensuite que j'ai eu tort. C'est ma faute. Italien, cela veut dire fourbe! Napolitain, cela veut dire lâche! toutes les fois que mon père s'est servi d'un Italien, il s'en est repenti. Ce Fabiani ! tu vois, lady Jane, à quel homme tu t'es

206 MARIE lUDOU.

liTTée, malbeareiise enfant! — Je te vengerai, val — Ohl je dews le savoir d'avance, on ne peut tirer antre chose de la poche d^on Italien qu'un stylet, et de Vùuat d'an Italien que la trahison I

FABIAin.

Madame, je vous jure....

LÀ RBms.

U va se parjurer à présenti il sera vil jusqu'à la fin il nous fera rougir jusqu'au bout devant ces hommes^ nous autres faibles femmes qui Tavons aimé ! il ne relèvera seulement pas la tête I

FÀBUXI.

Si, madame I ja la relèverai. Je suis perdu, je le vois bien. Ma mort est décidée. Vous emploierez tous les moyens, le poignard, le poison*...

LA REINE, loi prenant les .mains, et Tattirant vivement sur le

devant da thiâtoa.

Le poison! le, poignard 1 Que dis- tu là. Italien /la vengeance traître, la vengeance honteuse, la vengeance par derrière, la vengeance comme dans ton pays ! Non, signor Fabiani, ni poignard, ni poison. Est-ce que j'ai à me cacher, moi, à chercher le coin des rues la nuit, et à me faire petite quand je me venge? non pardieu, je veux le grand jour, entends-tu, myiord ? le plein midi^ le beau soleil, la place publique, la hache et le billot, Ja foule dans la rue, la foule aux fenêtres, la foule sur les toits, cent raille témoins ! je veux qu'on ait ])eur, entends-tu, myiord ? qu'on trouve cela splendide, effroyable et magnifique, et qu'on dise : « C'est une femme qui a été outragée, mais c'est une reine qui se venge ! » Ce favori si envié, ce beau jeune homme insolent que j'ai couvert de

JOURNÉE U, SCÈNE Vil. 207

velours et de satin, je veux le voir plié en deux, effaré et tremblant, à geuoux sur on drap aoir, pieds xnis,. mains liées, hué par le peuple, manié par le liourrean. Ce cou blanc où j*avais mb un collier d'or, j'y veux. mettre une corde. J'ai vu quel effet ce Fabianî faisait sur un trône, je veux voir quel effet il fera sur un échafand!

FABIAVI.

Madame....

LA RUNB.

Pins un mot. Ahl plus un mot. Tu es bien véritablement perdu, vob-lu. Tn monteras sur Téchafaud comme Suffolk et Northumberland. C'est une fête cpmme une antre que je donnerai à ma bonne ville de Londres l Ta' sais comme elle te bait, ma bonne ville ? Pardieu, c'est une belle chose quand on ft besoin de se vengci* d'être Marie, dame et reine d'Angleterre, flile de Henri YIII, et maîtresse des quatre mers! £t quand tu seras sur Téchafaud, Fabianî, tu pourras, à ton gré, faire une longue harangue au peuple comme Northumberland, on une longue prière à Dieu comme Suffolk, pour donner à la grâce le temps de venir ; le ciel m'est témoin que ta es un traître et que la grûce ne viendra pas ! Ce misérable fourbe qui me parlait d'amour et me disait /ir ce matin! — Hé mon Dieu, messieurs, cela paraît vous étonner que je parle ainsi devant vous ; mais, je vous le ^ répète, que m'importe ?

(À lord Somenec.)

— » Uylord duc, vous êtes constable de la Tour, deman* dez son épée à cet homme.

FABIANI

La voici ; mais je proteste. En admettant qu'il soif prouvé que j'ai tron.pé ou séduit une femme....

£h 1 que m'importe que tu aies séduit une femme ? est-ce que je m'occupe de cela ? ces messieurs sont témoins que cela m'est bien égal 1

FABIANI

Séduire une femme, ce n*est pas un crîme capital, madame. Votre Majesté n'a pu faire condamner Trogmorton sur une accusation pareille.

LA REINE

Il nous brave maintenant, je crois! le ver devient serpent. Et qui te dit que c'est de cela qu*on t'accuse ?

FABIANI

Alors de quoi m'accuse-t-on ? je ne suis pas Anglais^ moi, je ne suis pas sujet de Votre Majesté. Je suis sujet du roi de Naples et vassal du saint-père. Je sommerai son légat, Téminentissime cardinal Polus, de me réclamer. Je me défendrai, madame. Je suis étranger. Je ne puis être mis en cause que si j'ai commis un crime, un vrai crime. — Quel est mon crime ?

LA REINE

Tu demandes quel est ton crime?

FABIANI

Oui, madame.

LA REINE

Vous entendez tous la question qui m'est faite, mylords, vous allez entendre la réponse. Faites attention, et prenez garde à vous tous tant que vous êtes, car vous allez voir que je n'ai qu'à frapper du pied pour faire sortir de terre un échafaud — Ghandos I Chandos I ouvrez cette porte à deux battants ! toute la cour 1 tout le monde ! faites entrer tout- le monde.

(La porte du fond s'ouvre. Entre toute la cour.

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