‹ Théâtre du Petit-Château (volume 2)Chapitre 80 sur 147 · TOUTE LA COUR · texte numérisé non relu

TOUTE LA COUR

LA REINE

Entrez, entrez, mylords. J'ai véritablement beaucoup de plaisir à vous voir tous aujourd'hui. — Bien, bien, les hommes de justice, par ici, plus près, plus près. — Où sont les sergents d'armes de la chambre des lords, Harriot et Llanerillo ? Ah 1 vous voilà, messieurs. Soyez les bienvenus. Tirez vos épées. Bien. Placez- vous à droite et à gauche de cet homme. Il est votre prisonnier.

FABIANI

Madame, quel est mon crime ?

LA REINE

Mjlord Gardiner, mon savant ami, vous êtes chancelier d'Angleterre, nous vous faisons savoir que vous ayez à vous assembler en diligence, vous et les douze lords commissaires de la chambre étoilée, que nous regrettons de ne pas voir ici. Il se passe des choses étranges dans ce palais. Écoutez, mylords, madame Elisabeth a déjà suscité plus d'un ennemi à notre couronne. Il y a eu le complot de Pietro Caro qui a fait le mouvement d'Exeter, et qui correspondait secrètement avec madame Elisabeth, par le moyen d'un chiffre taillé sur une guitare. Il y a eu la trahison de Thomas Wyat, qui a soulevé le comté de Kent. Il y a eu la rébellion du duc de Snffolk, lequel a été saisi dans le creux d'un arbre aprè»

la défaite des siens. Il y a aujourd'hui un nouvel attentai. Écoutez tous. Aujourd'hui, ce matin, un homme s'est présenté à mon audience. Après quelques paroles, il a levé un poignard sur moi. J*ai arrêté son bras à temps. Lord Chandos et monsieur le bailly d'Amont ont saisi l'homme. Il a déclaré avoir été poussé à ce crime par lord Clanbrassih

FÀBIÀNI.

Par moi? cela n'est pas. Oh ! mais voilà une chose affreuse! cet homme n'existe pas. On ne retrouvera pas cet homme. Qui est-il? où est-il ?

LA BEINB.

Il est ici.

GILBERT, sortant da miliea des soldats derrière lesqaels il est

resté caché jiisqa*alors.

C'est moi.

LA REINE

En conséquence des déclarations de cet homme, nous, Marie, reine, nous accusons devant la chambre aux étoiles cet autre homme, Fabiano Fahîanî, comte de CUdbrassil, de haute trahison et d'attentat régicide sur notre personne impériale et sacrée.

FABIANI

Régicide, moi! c'est monstrueux! Oh! ma tète s'égare! ma vue.se trouble! quel est ce piège? qui que tu sois, misérable, oses-tu affirmer que ce qu'a dit la Reine est vrai?

GILBERT. V r X

Oui. '

FABIANI

Je t'ai poussé au régicide, moi?

GILBERT

Oui.

fàbiani.

Qni ! toujours oui ! malédiction I c'est qae vous ne pouvez pas savoir à quel point cela est faux, roesseigneurs 1 cet homme sort de l'enfer. Malheureux I tu veux me perdre ; mais tu ignores que tu te perds en même temps. Le crime dont tu me charges te charge aussi. Tu me feras mourir, mais tu mourras. Avec un seul mot, insensé, tu fais tomber deux tètes, la mienne et la tienne. Sais-tu cela ?

GILBERT

Je le sais.

FÀBIANI*

Mylords, cet homme est payé....

GILBERT

Par vous. Voici la bourse pleine d'or que vous m'avez donnée pour le crime. Votre blason et votre chiffre y sont brodés.

FABIANI

' Juste ciel ! — Mais on ne représente pas le poignard avec lequel cet homme voulait, dit-on, frapper la reine. Où est le poignard ?

LORD CIJLAND08.

Le voici.

GILBERT, k Fabiani.

C'est le v6tre. — - Vous me l'avez donné pour cela. On en retrouvera le fourreau chez vous. /

LE LORD CHANCELIEl^.

Comte de Clanbrassil, qu'avez-vous à répondre ? Reconiiaissez*voos cet homme ? ^

FABIANI

Non

2IS MARIE lUDOR.

GILBERT

Au fait, il ne m*a vu que la nuit. Laissez-moi hii dire ^eax mots à Foreille, madame ; cela aidera sa mémoire.

(U s'approcbe de Fàbiani-. — Bas.)

-— Ta ne reconnais donc personne aujourd'hui, mylord ? pas plus l'homme outragé que la femme séduite ? Ah ! la veine se venge , mais llromme du peuple se venge aussi; Tu m'en avais défié, je crois ! te voilà pris entre les deux vengeances. Mylord, qu'en dis -tu? — Je suis Gilbert, le ciseleur I

FABIANI

Oui ! je vous reconnais. — Je reconnais cet homme, my lords. Du moment où j'ai affaire à cet homme, je n'ai plus rien à dire.

LA REINE

Il avoue I

LE LORD CHANCELIER, à Gilbert.

D'après la loi normande et le statut vingt-cinq du roi Henri YIII, dans les cas de lèse-majesté au premier chef, l'aveu ne sauve pas le complice. N'oubliez point que c'est un cas où la reine n'a pas le droit de grâce, et que vous mourrez sur l'échafaud comme celui que vous accusez. Réfléchissez. Confirmez- vous tout ce que vous avez dit.

GILBERT

Je sais que je monrrai, et je le confirme.

JANE , à part.

Mon Dieu ! si c'est un rêve, il est bien horrible 1

LE LORD CHA.NGELIER , à Gilbert.

Consentez-vous à réitérer vos déclarations la main sur l'Évangile ?

(Il présente l'Évangile à Gilbert, qui y pose la mnin.)

JOURNÉE n, SCÈNE VIII. 21 $

GILBERT

Je jure, la main sur rÉvangile, et avec naincn't pr^ chaine devant les yeux, que cet homme est nn^assassin ; que ce poignard, qui est le sien, a servi au crime ; que c^Hte bourse, qui est la sienne, m'a été doonée par lui pour ie crime. Que Dieujn'assistel c'est la vérité !

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