‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 109 sur 210 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Noire et qui sort du feu des passions. Voilà.

(Il lai verse à boire.)

C'est bète comme tout, ce que je te dis là.

Et d'abord la fumée, au ciel bieu ramenée, Se comporte autrement dans une cheminée :

Elle monte ijaîment, et nous dégringolons.

(II se frotte la jambe.)

L' homme n'est qu'un plomb vil .

(Il remplit les deux verres.)

Buvons. Tous tes doublons Ne valent pas le chant d'un ivrogne qui passe.

(Se rapprochant d'un air mystérieux.)

Vois-lu, soyons prudents. Trop chargé, l'essieu casse;

Le mur sans fondement s'écroule subito.

Alon cher, raccroche-moi le col de mon manteau.

LE LAQUAIS, fièrement.

Seigneur, je ne suis pas valet de chambre.

(Avant que don César ait pu l'en empêcher, il secoue la sonnette

posée sur la table.)

DON CESAR, k part, effrayé.

Il sonne !

Le maître va peut-être arriver en personne.

Je suis pris.

(Entre un des noirs. Don César, en proie à la pins vive anxiété, se retourne du c6té opposé, comme ne sachant que devenir }

L£ LAQUAIS, an nègre.

Remettez Tagrafe à monseigneur.

fLe nègre s'approche gravement de don César, qui le regarde faire d*un air stupéfait, puis il rattaclie l'agrafe du manteau, salue et sort, Lissant don César pétrifié.)

DON CÉSAR , se levant de table.

(A part.)

Je suis chez Belzébuth, ma parole d'honneur l

(II Tient sur le devant du théâtre et s'y promène à grands pas.)

Ma foi, laissons -nous faire, et prenons ce qui s'offre. Donc je \ais remuer les écus à plein coffre.

J'ai de l'argent! que vais-je en faire?

(Se retournant vers le laquais attablé, qui continne à boire et qui commence à clianceler sur sa chaise.)

Attends, pardon!

(Rêvant, à part.)

Voyons, — si je payais mes créanciers ? — fi donc !

— Du moins, pour les calmer, Ames à s'aigrir promptes, Si je les arrosais a\ec quelques à-comptes?

— A quoi bon arroser ces vilaines fleurs-là?

Où diable mon esprit va-t-il chercher cela?

Ri en n'est tel que l'argent pour vous corrompre un homme,

Et, fût-il descendant d'Annibal qui prit Rome,

L'emplir jusqu'au goulot de sentiments bourgeois I

Que dirait-on? me voir payer ce que je dois!

Ah!

LE LAQUAIS, vidant son verre.

Que m'ordonnez-vous?

DON CESAR

Laisse-moi, je médite.

Bois en m'attendant.

(Le laquais se remet à boire. Lui continne de rêver et tout à coup se frappe le front comme ayant trouvé une idée.)

Oui!

(Au laquais.)

Lève- toi tout de suite.

Voici ce qu'il faut faire! Emplis tes poches d'or.

(Le laquais se lève en trébuchant et emplit d'or les poches de son justaucorps. Don César l'y aide tout en continuant.)

Dans la ruelle, au bout de la place Mayor, Entre au numéro neuf. Une maison étroite.

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