ACTE IV, SCÈNE III
Beau logis, si ce n'est que la fenêtre à droite A sur le cristallin une taie en papier.
LE LAQUAIS
Maison borgne?
Non, louche. On peut s'estropier En montant Tescalier, Prends-y garde.
LE LAQUAIS
Une échelle?
DON CÉSAR
A peu près. C'est plus roide. — En haut loge une belle
Facile à reconnaître : un bonnet de six sous
Avec de gros cheveux ébouriffés dessous,
Un peu courte, un peu rousse . . . . — une femme charmante.
Sois très-respectueux, mon cher, c'est mon amante 1
Lucinda, qui jadis, blonde à l'œil indigo,
Chez le pape, le soir, dansait le fandango.
Compte-lui cent ducats en mon nom. — Dans un bouge,
A côté, tu verras un gros diable au nez rouge,
Coiffé jusqu'aux sourcils d'un vieux feutre fané
Où pend tragiquement un plumeau consterné,
La rapière à T échine et la loque à l'épaule.
— Donne de notre part six piastres à ce drôle. — Plus loin, tu trouveras un trou noir comme un four, Un cabaret qui chante au coin d'un carrefour.
Sur le seuil boit et fume un vivant qui le hante. C'est un homme fort doux et de vie élégante, Un seigneur dont jamais un juron ne tomba.
Et mon ami de cœur, nommé Goulatromba.
— Trente écusl et dis- lui, pour toutes patenôtres, Qu'il les boive bien vite et qu'il en aura d'autres. Donne à tous ces faquins ton argent le plus rond.
Et ne t'ébahis pas des yeux qa'ils ouvriront.
LE LAQUAIS
Après?
DON CÉSAR
Garde le reste. Et pour dernier chapitre....
LE LAQUAIS
Qu'ordonne monseigneur?
DON CÉSAR'
Va te soûler, bélître I Casse beaucoup de pots et fais beaucoup de bruit, Et ne rentre chez toi que demain — dans la nuit.
LE LAQUAIS
Suffit, mon prince.
(Il se dirige vers la porte en faisant des zigzags.) DON CÉSAR y le regardant marcher.
(A part.)
Il est effroyablement ivre I
(Le rappelant. L'autre se rapproche.)
Ah !.. . — Quand lu sortiras, les oisifs vont le suivre. Fais par ta contenance honneur à la boisson; Sache te comporter d'une noble façon.
S'il tombe par hasard des écus.de tes chausses, Laisse tomber ; — et si des essayeurs de sauces. Des clercs, des écoliers, des gueux qu'on voit passer, Les ramassent, — mon cher, laisse-les ramasser. Ne sois pas un mortel de trop farouche approche. Si même ils en prenaient quelques-uns dans ta poche, Sois indulgent. Ce sont des hommes comme nous. Et puis il faut, vois-tu, c'est une loi pour tous, Dans ce monde rempli de sombres aventures, Donner parfois un peu de joie aux créatures.