‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 125 sur 210 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

RUY BLAS, seul.

C'est fioi. Rêve éteint ! Visions disparues ! Jusqu'au soir au hasard j'ai marché dans les rues. J'espère en ce monfient. Je suis calme. La nuit, On pense mieux. La tête est moins pleine de bruit. Rien de trop effrayant sur ces murailles noires. Les meubles sont rangés, les clefs sont aux armoires, Les muets sont là-haut qui dorment. La maison Est vraiment bien tranquille. Oh ! oui, pas de raison D'alarme. Tout va bien. Mon page est très-fidèle. Don Guritan est sûr alors qu*il s*agit d*elle. O mon Dieu ! n'est-ce pas que je puis vous bénir, Que vous avez laisse Favis lui parvenir, Que vous m'avez aidé, vous, Dieu bon, vous, Dieu juste,

A protéger cet ange, à déjouer Salluste, Qu'elle n'a rien à craindre, liélas! rien à souffrir, Et qu'elle est bien sauvée, — et que je puis mourir ?

(Il tire de sa poitrine Une petite fiole quMl pose sur la table.)

Oui, meurs maintenant, lùche ! et tombe dans l'abiinc ! Meurs comme on doit mourir quand on expie un crime ! Meurs dans cette maison, vil^ misérable et seul!

(Il écarte sa robe noire, sous laquelle on entrevoit la livrée qu*il portait au premier acte.)

— Meurs avec ta livrée enfin sous ton linceul !

— Dieu! Si ce démon vient voir sa victime *morte....

(Il pousse un meuble de façon à barricader la porte secrète.)

Qu'il n'entre pas du moins par cette horrible porte 1

(Il revient vers la table.)

— Oh I le page a trouvé Guritin, c'est certain : Il n'était pas encore huit heures du matin.

(Il fixe son regard sur la fiole.)

— Pour moi, j'ai prononcé mon arrêt, et j'apprête Mon supplice, et je vais moi-même sur ma tête Faire choir du tombeau le couvercle pesant.

J'ai du moins le plaisir de penser qu'à présent Personne n'y peut rien. Ma chute est sans remède I

(S'asseyant sur le fauteuil.)

Elle m'aimait pourtant I — Que Dieu me soit en aide I Je n'ai pas de courage !

(Il pleure.)

Oh ! l'on aurait bien dil PIous laisser en paix !

(Il cache sa tête dans ses mains et pleure à sanglots.)

Dieu !

(Relevant la tète et comme égaré, regardant la fiole.)

L'hoinntc qui m'a vendu

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