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vie générale et puissante au milieu de laquelle les personnages sont plus vrais, et les catastrophes, par conséquent, plus poignantes.Tout doit être subordonné à ce but. L'homme sur le premier plan, le reste au fond*
Pour en finir avec les observations minutieuses, notons encore en passant que Ruy Blas , an théâtre , dit (IIP acte) : Monsieur de Priego, comme sujet du roi^ etc., et que dans le livre il dit : comme noble du roi. Le livre donne l'expression juste* En Espagne, il y avait deux espèces de nobles , les nobles du royaume , c'est-à-dire tous les gentilshommes, et les nobles du roi, c'èst-à-dire les grands d'Espagne. Or M. de Priego est grand d'Espagne, et, par conséquent, noble du roi. Mais l'expression aurait pu paraître obscure à quelques spectateurs peu lettrés ; et , comme au théâtre deux ou trois personnes qui ne comprennent pas se croient parfois le droit de troubler deux mille personnes qui comprennent, l'auteur a fait dire à Ruy Blas sujet du roi pour noble du roi, comme il avait déjà fait dire à Angelo Malipieri.la croix rouge au lieu de la croix de gueules. Il en offre ici toutes ses excuses aux spectateurs intelligents.
Maintenant qu'on lui permette d'accomplir un devoir qui est pour lui un plaisir, c'est-à-dire d'adresser un remercîment public à cette troupe excellente qui vient de se révéler tout à coup par Buy Blas au public parisien dans la belle salle Ventadour, et qui a tout à la fois l'éclat des troupes neuves et l'ensemble des troupes anciennes. Il n'est pas un personnage de cette pièce, si petit qu'il soit, qui ne soit remarquablement bien représenté, et plusieurs des rôles secondaires laissent entrevoir aux connaisseurs , par des ouvertures trop étroites à la vérité , des talents fort distingué^. Grâce, en grande partie, à
cette troupe si intelligente et si bien faite, de hantes destinées attendent , nous n*en dontons pas , ce magnifique théâtre, déjà aussi royal qu'aucun des théâtres royaux, et plus utile aux lettres qu'aucun des théâtres subventionnés*
Quant à nous, pour nous borner aux rôles principaux, félicitons M. Féréol de cette science d'excellent comédien avec laquelle il a reproduit la figure chevaleresque et gravement bouffonne de don Guritan. Au dix-septième siècle , il restait encore en Espagne quelques don Quichotte malgré Cervantes. M. Féréol. s'en est spirituellement souvenu.
M. Alexandre Mauzin a supérieurement compris et composé don Salluste. Don Salluste , c'est Satan ; mais c'est Satan grand d'Espagne de première classe; c'est l'orgueil du démon sous la fierté du marquis ; du bronze sous de l'or; un personnage poli, sérieux, contenu, sobrement railleur, froid, lettré, homme du monde, avec des éclairs, infernaux. Il faut à l'acteur qui aborde ce rôle, et c'est ce que tous les connaisseurs ont trouvé dans M. Alexandre , une manière tranquille, sinistre et grande, avec deux explosions terribles , l'une au commencement, l'autre à la fin.
Le rôle de don César a naturellement eu beaucoup d'aventures dont les journaux et les tribunaux ont entretenu le public. En somme , le résultat a été le plus heureux du monde. Don César a fort cavalièrement pris au boulevard et fort légitimement donné à la comédie un bien qui lui appartenait, c'est-à-dire le talent vrai, fin, souple, charmant, irrésistiblement gai et singulièrement littéraire de M. Saint-Firmin.
La reine est un ange, et la reine est une femme. Le
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double aspect de cette chaste figure a été reproduit par mademoiselle Louise Baudouin avec une intelligence rare et exquise. Au cinquième acte, Marie de Neubourg repousse le laquais et s'attendrit sur le mourant ; reine devant la faute, elle redevient femme devant l'expiation. Aucune de ces nuances n'a échappé à mademoiselle Baudouin, qui s'est élevée très -haut dans ce rôle. Elle a eu la pureté, la dignité et le pathétique.
Quant à M. Frederick Lemaltre, qu'en dire? Les acclamations enthousiastes de la foule le saisissent à son entrée en scène et le suivent jusqu'après le dénoûment. Rêveur et profond au premier acte, mélancolique au deuxième, grand, passionné et sublime au troisième, il s'élève au cinquième acte à l'un de ces prodigieux effets tragiques du haut desquels l'acteur rayonnant domine tous les souvenirs de son art. Pour les vieillards , c'est Lekain et Garrik mêlés dans un seul homme ; pournous, contemporains, c'est l'action de Kean combinée avec l'émotion de Talma. Et puis, partout, à travers les éclairs éblouissants de son jeu, M. Frederick a des larmes, de ces vraies larmes qui font pleurer les autres, de ces larmes dont parle Horace : Si vis me flere^ dolendutn est primum ipsi tihi. Dans Ruy BUts^ M. Frederick réalise pour nous l'idéal du grand acteur. Il est certain que toute sa vie de théâtre, le passé comme l'avenir, sera illuminée par cette création radieuse. Pour M. Frederick, la soirée du 8 novembre 1838 n'a pas été une représentation, mais une transfiguration.