‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 141 sur 210 · PARTIE I, SCENE I · texte numérisé non relu

PARTIE I, SCENE I

Régnous, nous sommes brayes.

Par le fer, par le feu.

— Nargue à Satan, burgraves!

Burgraves, nargue à Dieu !

(Tromi>ette9 et clairons.)

GUANIIUMARA.

Les princes sont joyeux. Le festin duie encore.

(Elle regarde de l'autre côté du théâtre.) i

Les captifs sous le fouet travaillent dès Taurore.

(Elle écoute.)

Là, le bruit de l'orgie; ici, le bruit des fers.

(Elle fixe son regard sur la porte du donjon à droite.)

Là, le père et l'aïeul, pensifs, chargés d'hivers, De tout ce qu'ils ont fait cherchant la sombre trace. Méditant sur leur vie ainsi que sur leur race, Contemplant, seuls, et loin des rires triomphants, Leurs forfaits, moins hideux encor que leurs enfants. Dans leurs prospérités, jusqu'à ce jour entières. Ces burgraves sont grands. Les marquis des frontières, Les comtes souverains, les ducs fils des rois goths. Se courbent devant eux jusqu'à leur être égaux; Le burg, plein de clairons, de chansons, de huées, Se dresse inaccessible au milieu des nuées; Mille soldats partout, bandits aux yeux ardents, Veillent, l'arc et la lance au poing, l'épée aux dents. Tout protège et défend cet antre inabordable. Seule, en un coin désert du château formidable. Femme et vieille, inconnue, et pliant le genoux Triste, la chaîne au pied et le carcan au cou. En haillons et voilée, une esclave se traîne.... — Mais, ô princes ! tremblez : cette esclave est la haine !

(Elle se retire au fond do théâtre et monte les degrés du promenoir.

2G2 LES BIJRGRAVES.

Entre par la galerie à droite, une troupe d*e8claTes enchatnés, quelques-uns ferrés deux à deux, et portant à la main des instruments de travail, pioches, pics, marteaux, etc. Guanhumara, appuyée à l'un des piliers du promenoir, les regarde d'un air pensif. Aux vêtements souillés et déchirés des prisonniers, on distingue encore leurs anciennes professions.)

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