‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 157 sur 210 · PARTIE I, SCENE IV. SSO · texte numérisé non relu

PARTIE I, SCENE IV. SSO

Je te demanderais des choses effroyables.

Dis, voudrais- tu tirer ton poignard da fourreau jf ïe faire meurtrier? — te ferais- tu bourreau? — Tu frémis 1 va-t'en donc, cœur faible, bras débile l Je ne te parie pas, mais laisse-moi tranquille !

OTBERT, pâle et baissant la voix.

Qu'exigerais-tu donc de moi ?

GUÀNHUMARÀ.

Reste innocent.

Va-t'en I

OTBERT.

Pour la sauver, je donnerais mon sang.

GUANUUMARA.

Va- t'en !

Je commettrais un crime. Es-tu contente ?

GUANHUMARA

Il me tente, démons ! vous voyez qu'il me tente. Eh bien, je le saisis ! — Tu vas m 'appartenir. Ne perds pas désormais, quoi qu'il puisse advenir, Ton temps à me prier. Mon &me est pleine d'ombre ; La prière se perd dans sa profondeur sombre.

Je te l'ai dit, je suis sans pitié, sans remord, A moins de voir vivant celui que j'ai vu mort, Donato que j'aimais I — Et maintenant écoute. Je t'avertis, au seuil de cette affreuse route, Une dernière fois. Je le dis tout. — Il faut Tuer quelqu'un, tueivomme sur l'échafaud, Ici, qui je voudrai, quand je voudrai, sans grAce, Sans pardon I — Vois ?

OTBERT.

Poursuis.

GUANIIUMÀRA.

Chaque souffle qui passe Pousse ta Régina vers la tombe. Sans moi Elle est morle. Je puis seule la sauver. Voi Ce flacon. Chaque soir, qu^elle en boive une goutte, Elle vivra.

OTBERT.

Grand Dieu ! dis- tu vrai? donne !

Écoute.

Si demain tu la vois, grâce à cette liqueur, Venir à toi, la vie au front, la joie au cœur, Ange ressuscité, souriante figure, Tu m^appartiens !

OTBERT, éperdu.

C'est dit.

GUANHUMARA

Jure-le.

OTBERT.

Je le jure I

GUANIIUMARA.

Ta Régina, d'ailleurs, me répondra de toi.

C'est elle qui paierait pour ton manque de foi.

Tu le sais, je connais cette antique demeure ;

J'en sais tous les secrets; partout j'entre à toute heure î

OTBERT j étendant la main poar saisir la jQcle.

Tu dis qu'elle vivra ?

GUANHUMARA

Oui, songe à ton serment !

OTBERT.

Elle sera sauvée ?

PiUlTlE I, SCÈNE IV. 291

Oui. Songe qu'au moment Où ta prendras ceci — je vais prendre ton àtne.

OTBERT.

Donne et prends.

GUÀNHUMARA , loi remetunt le flacon* A demain !

OTBERT.

A. demain I

(GQanhumara sort.)

Merci, femme!

Quel que soit ton projet, qui que tu sois, merci ! IVJa Régina vivra! — Mais portons-lui ceci!

(Il se dirige vers la porte bâtarde, puis s'arrête un moment et fixe

son regard snr la fiole.)

Ohl que l'enfer me prenne, et qu'elle vive !

(Il entre précipitamment sous la porte bâtarde, qui se referme derrière lui. Cependant on entend, du cAté opposé, des rires et des chants qui semblent se rapprocher. La grande porte s^ouvre à deux battants.)

(Entrent avec une rumeur de joie les princes et les burgraves, conduits par Hatto, tous couronnés de fleurs, vêtus de soie et d*or, sans cottes de mailles, sans gambessons et sans brassards, et le verre en main. Ib causent, boivent et rient par groupes au milieu desquels circulent des pages portant des flacons pleins de vin, des aiguières d*or et des plateaux charges de fruits. Au fond, des pertuisaniert immobiles et silencieux. Musiciens, clairons, trompettes, hérauts d*armes.)

ti)2 LES BURGRAVES.

Page 1