PARTIE I, SCENE V
LE CAPITAINE , bas , à Hatto.
Des marchands vont passer demain.
HATTO, à haate voix.
Embusquez-Tous.
(Le capitaine sort. Hatto continae en se tournant vers les princes.)
Mon père eût été là. Moi, je reste chez nous.
Jadis on gnerroyait, maintenant on s'amuse.
Jadis c'était la force, à présent c'est la ruse.
Le passant me maudit ; le passant dit : « Hatto
Et ses frères font rage en ce sombre château.
Palais mystérieux qu'assiègent les tempêtes.
Aux margraves, aux ducs, Hatto donne des fêtes.
Et fait servir, courbant leurs têtes sous ses pieds,
Par des princes captifs les princes conviés ! »
Eh bien, c*est un beau sort! On me craint, on m'envie.
Moi, je ris ! — Mon donjon brave tout. — De la vie,
En attendant Satan, je fais un paradis ;
Comme un chasseur ses chiens je lâche mes bandits ;
Et je vis très-heureux. Ma fiancée est belle.
N'est-ce pas ? — A propos, ta comtesse Isabelle,
L'épouses-tu ?
LE DUC GERHARD
Non.
HATTO
Mais tu lui pris. Pan passé.
Sa ville, et lui promis d'épouser.
LE DUC GERB\RD
Je ne sai.... —
(Riant.)
Ah ! oui : l'on me le fit jurer sur l'Evangile ! — Bon ! -— Je laisse la fille et je garde la ville.
(Il rit.)
2'J6 LES BURGUAVES.
HATTO, riant.
Mais que dit de cela la diète ? —
LE DUC GERHARD , riant tonjonrs.
Elle se tait.
HATTO
Mais ton serment?...
LE DUC GERHARD
Ah bah !
(I)epnis quelques instants la porte du donjon à droite s*est ouverte et a laissé Toir quelques degrés d*un escalier sombre sur lesquels ont apparu deux vieillards, l'un âgé d*un peu plus de soixante ans, cheveux gris, barbe grise; l*autre, beaucoup plus vieux, presque tuut à f.iit chauve, avec une longue barbe blanche; tons deux ont la chemise de fer, jambières et brassières de mailles, la grande épée au côté, et, par dessus leur habit de guerre, le plus vieux porte une simarre blanche doublée de drap d'or, et l'autre une grande peau de loup dont la gueule s'ajuste snr sa tête.
Derrièi'^ le plus vieux se tient debout, immobile comme une figure pé> triflée, un écuyer à barbe blanche, vêtu de fer et élevant au-dessus de la tête du vieillard une grande bannière noire sans armoiries.
Otbert, les yeux baissés, est auprès du plus vieux, qui a le bras droit posé sur son épaule, et se tient un peu en arrière.
Dans l'ombre, derrière cliacun des deux vieux chevaliers, on aperçoit deux écuyers habillés de fer comme leurs maîtres, et non moins vieux, dont la barbe blanchie descend sous la vistère à demi baissée de leurs heaumes. Ces écuyers portent, sur des coussins de velours écarlate, les casques des deux vieillards, grands morions de forme extraordinaire, dont les cimiers figurent des gueules d'animaux fantastiques.
Les deux vieillards écoutent en silence ; le moins vieux appuie son menton sur ses deux bras réunis, et ses deux mains sur l'extrémité du manche d'une énorme hache d'Ecosse. Les convives, occupés et causant entre eux, ne les ont pas aperçus.)