‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 164 sur 210 · LE MARGRAVE GILISSA · texte numérisé non relu

LE MARGRAVE GILISSA

C'est quelque mendiant.

LE BURGRAVE CADWALLA.

Quelque espion !

Arrière î

HATTO, à la fenêtre.

Qu'on me chasse à l'instant ce drôle à coups de pierre!

LUPUS, GORLOIS et les pages jetant des pierres. Va-t'en, chien !

5]AG?iUS, comme se réveillant en sursaut.

En quel temps sommes-nous, Dieu puissant I

Et qu'est-ce donc que ceux qui vivent à présent? On chasse à coups de pierre un vieillard qui supplie !

(LeJ regardant tous en face.)

De mon temps nous avions aussi notre folie.

Nos festins, nos chansons.... — On était jeune enfin. — Mais qu'un vieillard, vaincu par Page et par la faim. Au milieu d'un banquet, au milieu d'une orgie. Vint à passer, tremblant, la main de froid rougie. Soudain on remplissait, cessant tout propos vain, Un casque de monnaie, un verre de bon vin.

C'était pour ce passant, que Dieu peut-être envoie I Après, nous reprenions nos chants, car, plein de joie, Un peu de vin au cœur, un peu d'or dans la main, Le vieillard souriant poursuivait son chemin. — Sur ce que nous faisions, jugez ce que vous faites!

JOB , se redressant ^ faisant un pas , et touchant l'épaule

de Magnas.

Jeune homme, taisez-vous. — De mon temps, dans nos fêtes

Quand nous buvions', chantant plus haut que vous encor.

Autour d'un bœuf entier posé sur un plat d'or,

S'il arrivait qu'un vieux passât devant la porte.

Pauvre, en haillons, pieds nus, suppliant, une escorte

L'allait chercher ; sitôt qu'il entrait, les clairons

Eclataient; on voyait se lever les barons ;

Les jeunes, sans parler, sans chanter, sans sourire.

S'inclinaient, fussent-ils princes du Saint-Empire ;

Et les vieillards tendaient la main à l'inconnu

En lui disant : Seigneur, soyez le bienvenu I »

(A. Gorlois.)

\ — Va quérir l'étranger !

HATTO, s'inclinant.

Mais....

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