PARTIE II, SCÈNE IV. 31 S
A ta mère, ombre triste autour de nous errante.... —
(A Otbert.)
Tout à coup dans ma chambre elle entre, cette enfant, Fraîche, rose, le front joyeux, l'air triomphant. Un miracle ! je ris, je pleure, je chancelle. « Venez remercier sire Otbert, » me dit-elle. J*ai répondu : c Courons remercier Otbert. »
Nous avons traversé le vieux château désert....
RÉGINA, gaiement.
Kt nous voici tous deux courant!
JOB, à Otbert.
Mais quel mystère?
Ma Régina guérie!... Il ne faut rien me taire.... Comment donc as-tu fait pour la sauver ainsi?
OTBERT.
C'est un philtre, un secret qu'une esclave d'ici M'a vendu.
JOB
Cette esclave est libre 1 Je lui donne Cent livres d'or, des champs, des vignes ! je pardonne Aux condamnés à mort dans ce burg gémbsants ; J'accorde la franchise à mille paysans.
Au choix de Régina.
(Il lear prend les mains.)
Tai le cœur plein de joie !
(Les regardant arec tendresse.)
Puis il suffit aussi que tous deux je vous voie !
(Il fait quelques pas vers le derant da théâtre et semble tomber dans
une profonde rêverie.)
C'est vrai, je suis maudit, je suis seul, je suis vieux ! — Je suis triste! — Au donjon qu'habitent mes aïeux
Je me cache, et là, morne, assis, muet et sombre.
Je regarde pensif autour de moi dans l'ombre.
Hélas 1 tout est bien noir. Je promène mes yeux
Au loin sur l'Allemagne, et n'y vois qu'envieux,
Tyrans, bourreaux, luttant de folie et de crime ;
Pauvre pays, poussé par cent bras vers Tablme,
Qui va tomber, si Dieu ne fait sur son chemin
Pas3er quelque géant qui lui tende la main !
Mon pays nie fait mal. Je regarde ma race.
Ma maison, mes enfants.... — Haine, bassesse, audace !
Hatto contre Magnus ; Gorlois contre Halto ;
Et déjà sous le loup grince le louveteau.
Ma race me fait peur 1 Je regarde en moi-même.
— Ma vie, ô Dieu I — je tremble et mon front devient blême,
Tant chaque souvenir qu'évoque mon effroi
Prend un masque hideux en passant devant moi !
Oui, tout est noir. — Démons dans ma patrie en flamme,
Monstres dans ma famille et spectres dans mon àme ! —
Aussi, lorsqu^à la lin mon œil (rouble, que suit
La triple vision de cette triple nuit,
Cherchant le jour et Dieu, lentement se relève.
J'ai besoin, en sortant de l'abîme où je rêve.
De vous voir près de moi comme deux purs rayons,
Comme au seuil de l'enfer deux apparitions,
Vous, enfants dont le front de tant de clarté brille ;
Toi, jeune homme vaillant; toi, douce jeune fille ;
Vous qui semblez, vers moi quand vos yeux sont tournés,
Deux anges indulgents sur Satan inclinés 1
OTBERT, à part.
Hélas !
nEGINA.
monseigneur !