‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 177 sur 210 · PARTIE II, SCÈNlt: IV · texte numérisé non relu

PARTIE II, SCÈNlt: IV

JOB

Enfants, que je vous serre Toas les deux dans mes bras !

(A Otkert, en le regardant entre les deax yeax avec tendresse.

Ton regard est sincère.

On sent en toi le preux ^fidèle à son serment, Comme l'aigle au soleil et le fer à l'aimant. Tout ce qu'il a promis, cet enfant l'exécute,

(A Régina.)

N'est-ce pas?

HEGINA.

Je lui dois la vie.

JOB

Avant ma chute, J'étais pareil à lui : grave, pur, chaste et fier Comme une vierge et comme une épée.

(Il Ta à la fenêtre.)

Ah ! cet air Est doux, le ciel sourit et le soleil rassure.

(Rerenant à Régina et lui montrant Otbert.)

Vois -tu, ma Régina, cette noble ligure Me rappelle un enfant, mon pauvre dernier-né. Quand Dieu me It^ donna, je me crus pardonné. Voilà vingt ans bientôt. — Un fils à ma vieillesse ! Quel don du ciel! J'allais à son berceau sans cesse. Même quand il dormait, je lui parlais souvent ; Car, quand on est très-vieux, on devient très-enfart. Le soir, sur mes genoux j'avais sa tète blonde.... — Je te parle d'un temps.... tu n*étais pas au monde. — Il bégayait déjà les mots dont on sourit.

Il n'avait pas un an, il avait de l'esprit; Il me connaissait bien! Je ne peux pas te dire...»

Il me riait; et moi, quand je le voyais rire,

J'avais, pauvre vieillard, un soleil dans le cœur!

J'en voulais faire un brave, un vaillant, un vainqueur ;

Je l'avais nommé George.... — Un jour, -r- pensée amère î

Il jouait dans les champs. . . . — Oh ! quand tu seras mère ,

Ne laisse pas jouer tes enfants loin de toi 1 —

On me le prit. — Des juifs, une femme ! Pourquoi?

Pour l'égorger, dit-on, dans leur sabbat. — Je pleure.

Je pleure après vingt ans comme à la première heure.

Hélas! je l'aimais tant! C'était mon petit roi.

J'étais fou, j'étais ivre, et je semais en moi

Tout ce que sent une âme en qui le ciel s'épanche.

Quand ses petites mains touchaient ma barbe blanche !

— Je ne l'ai plus revu ! jamais! — Mon cœur se rompt !

(A Otbert.)

Il serait de ton âge ; il aurait ton beau front.

Il serait innocent comme toi. — Viens! — Je t'aime.

(Depuis quelques instants Guanhumara est entrée et observe du fond du théâtre snns être Yue. — Job presse Otbert dans un étroit embrassement, et pleure.)

Parfois, en te voyant, je me dis : « C'est lui-même! » Par un miracle étrange et charmant à la fois. Tout en toi, ta candeur, ton air, tes yeux, ta voix, En rappelant ce fils à mon âme affaiblie.

Fait que je m'en souviens et fait que je l'oublie. Sois mon fils !

OTBERT.

Monseigneur....

JOB

Sois mon fils. — Comprends-tu?

Toi, brave enfant, épris d'honneur et de vertu, Fils de rien, je le sais, et sans père ni mère,

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