LES ESCLAVES
Haqain et Jossius entrent ensemble, et .semblent continuer ane conversation déjà cummcncce. Les autres les suivent à pas lent.-»
JOSSIUS.
C'est dans ces guerres-là que Barberousse un jour , Masqué , mais couronné , seul , au pied d'une tour , Lutta contre un bandit qui , forcé dans son bouge , Lui brûla le bras droit d'un trèfle de fer rouge , Si bien que l'empereur dit au comte d'Arau :
c Je le lui ferai rendre , ami , par le bourreau ! » .
UAQUIN.
Cet homme fut-il pris ?
josins.
Non , il se fit passage « Sa visière empêcha qu'on ne -vît son visage.
(Us passent.) TEXJDOir f sur le devant du théâtre.
C'est l'heure du repos, enfln I Oh ! je suis las!
iLUNZ) agitant sa chaîne.
Quoi! j'étais libre et riche ; et maintenant!
GOSDICABIUS , adossé à un pilier.
Hélas I
CYNTJLFUS , à Swan , montrant Guanhuinara.
Je voudrais bien savoir qui cette femme épie.
swAir.
L'autre mois, par les gens du burg , Cf geance impie , Elle fut prise avec des marchands de Saint-Gall. Je ne sais rien de plus.
CYNULFUS.
^ Oh ! cela m'est égal ;
Mais , tandis qu'on nous lie , on la laisse libre , ellel
swAir.
Elle a guéri Hatto d'une fièvre mortelle , L'aîné des petits-fils.
UAQunr.
Le burgrave Rollon , L'autre jour, fut mordu d'un serpent au talon; Elle l'a guéri.
GYinJLPUS.
Vrai?
HAQurer.
Je crois , sur ma parole ^ Que c'est une sorcière !
HERMANlf.
Ah bah ! c'est une folle*
SWAN
Elle a mille secrets ; elle a guéri , ma foi , Non-seulement Rollon et Hatto , mais Éloi , Knûd f Azzo , ces lépreux que fuyait tout le monde.
if
TEVDOlf y assis sar les degrés da rieux donjon.
Cette femme travaille à quelque œuvre profonde. Elle a , soyez-en sûrs , de noirs projets noués Avec ces trois lépreux qui lui sont dévoués : Partout , dans tous les coins , ensemble on les retrouve ; Ce sont comme trois chiens qui suivent cette louve.
HAQunr.
Hier, au cimetière, au logis des lépreux, Us étaient tous les quatre , et travaillaient entre eux : Eux , faisaient un cercueil et clouaient sur des planches ; Elle, agitait un yase en relcTant ses manches , Chantait bas , comme on chante aux enfants qu*on endort. Et composait un philtre avec des os de mort.
Kuzrz.
Ici, dans les caveaux, ils ont quelque cachette. J'ai vu les trois lépreux et la vieille sachette S'enfoncer sous un mur près du Caveau-Perdu ;
J'en suis sûr.
hkrmaun.
Ces lépreux servent, et c'est bien dû ,
Celle qui les guérit. Rien de plus simple , en somme.
SWAK.
Mais , au lieu des lépreux , de Hatto , méchant homme , Kunz, celle qu'il faudrait guérir dans ce château , C'est cette douce enfant fiancée à Hatto, La nièce du vieux Job.
Kuirz.
Régina? Dieu l'assiste!
Celle-là , c'est un ange !
HEBMAITN.
Elle se meurt, xuirz.
C'est triste.
Oui, riiorreur pour Hatto , l'ennui , poids étouffant , La tue. Elle s'en va chaque jour.
TXUDOir.
Pauvre enfant !
(Gaanhumura reparaît au fond du théâtre, qu'elle traverse.)
HAQUIir f la inontranU
Elle encor!
GONDICARIUS.
Maudît soit ce burg !
TKUDOir.
Paix ! je te prie.
GONDICARIUS.
Mais jamais on ne vient dans cette galerie;
Nos maîtres sont en fête , et nous sommes loin dVux :
On ne peut nous entendre.
TEUDOW , désigna "t la porte du donjon.
Ils sont là tous les deux.
GOISDICARIUS.
Qui?
TRUDOW.
Les vieillards. Le père et le fils. Paix ! vous dis- je. Excepté , — je le tiens de la nourrice Edwige, — Madame Régina, qui vient près d'eux prier, Excepté cetOtbert, ce jeune aventurier, Arrivé l'an passé , bien qu'encor fort novice , Au château d'Heppenheff pour y prendre service , Et que l'aïeul , puni dans sa postérité , Aime pour sa jeunesse et pour sa loyauté , — Nul n'ouvre celte porte , et personne ici n'entre. Le vieil homme de proie est là seul dans son autre. Naguère au mondCentler il jetait ses défis ; Vingt comtes et vingt ducs, ses fils, ses petits-fil», Cinq générations dont la montagne est l'arche , Entouraient comme un roi ce bandit patriarche. Mais l'âge enfin le brise, il se tient à l'écart, n est là , seul , assis sous un dais de brocart. Son fils, le vieux Magnus , debout , lui tient sa lance. Durant des mois entiers il garde le siit nce : Et , la nuit , on le voit entrer , pâle , accablé , Dans un couloir secret dont seul il a la clé. Où va-t-il?
SWAN
Ce vieillard a des peines éîranges.
HAQUIN.
Ses fîls pèsent sur lui comme les mauvais anges.
KUNZ.
Ce n'est pas yainement qu'il est maudit.
GOHDICABIUS.
Tant mieux !
SWAN
Il eut un dernier iils étant déjà fort vieux. U aimait cet enfant. Dieu fit ainsi le monde : Toujours la barbe grise aime la tête blonde.
A peine âgé d'un an , cet enfant fut Yolé.
KUMZ.
Par une Égyptienne.
HAQUIir.
Au bord d'un ebamp de blé.
SWAN, à Kiinz.
As-tu remarqué , fils , au bas de la tour ronde , Au-dessus du torrent qui dans le ravin gjpnde , Une fenêtre étroite , à pic sur les fossés ,- Où l'on voit trois barreaux tordus et défoncés?
KUNZ.
C'est ce Caveau-Perdu ; j*en parlais tout à l'beure.
UAQUm.
Un gîte sombre. — On dit qu'un fantôme y demeure»
UEEJUASIX,
Bab!
CYlrULFOS.
L'on dirait qu*au mur jadis le sang oûtila.
Kumz.
Le certain , c'est que nul ne saurait entrer là : Le secret de l'entrée est perdu. La fenêtre Est tout ce qu'on eu voit; nul vivant n'y pénètre,
swAir.
£b bien , le soir , je vais à l'angle du rocber , Et là , toutes les nuits , j'entends quelqu'un marchcrl
KUHZ , avec nne sorte d'efiroi.
Êtes -vous sûr?
swAir.
Très-sûr.