DON SALLUSTE DE BAZAN, GUDIEL
par instants RUY BLAS.
DON SALLUSTE
Ruy Blas, fermez la porte, — ouvrez cette fenêtre.
(Ruy Blas obéit, puis, sur un signe de don Salluste, il sort par la porte du fond. Don Salluste vu à la fenêtre.)
Ils dorment encor tous ici, — le jour va naître.
(Il se tourne brusquement vers Gudtel.)
Alil c'est un coup de foudre!. . . — oui,mon règne est passé,
Gudiel! — renvoyé, disgracié, chassé! —
Ah ! tout perdre en un jour! — L'aventure est secrète
Encor; n'en parle pas, — Oui, pour une amourette,
— Chose, à mon âge, solte et folle, j'en convien, —
Avec une suivante, une fille de rien î
Séduite, beau malheur ! parce que la donzelle
Est à la reine, et vient de Neubourg avec elle.
Que cette créature a pleuré contre moi, }
Et traîné son enfant dans les chambres du roi.
Ordre do l'épouser. Je refuse : on m'exile.
On m'exile! Et vingt ans d'un labeur difficile,
Vingt ans d'ambition, de travaux nuit et jour ;
Le président haï des alcades de cour,
Dont nul ne prononçait le nom sans épouvante;
Le chef de la maison de Bazan, qui s'en vante ;
Mon crédit, mon pouvoir ; tout ce que je rêvais,
Tout ce que je faisais et tout ce que j avais.