ACTE I, SCÈNE IIÏ. iOb
Ton maître cependant pour sa charge y demeure.
Oniy car la cour le fait demander à toute heure. Mais il a quelque part un logis inconnu, Où jamais en plein jour peut-être il n*est venu: A cent pas du palais ; une maison discrète.
Frère, j'habite là. Par la porte secrète Dont il a seul la clef, quelquefois, à la nuit,* Le marquis vient, suivi d'hommes qu'il introduit. Ces hommes sont masqués et parlent à voix basse ; Ils s'enferment, et nul ne sait ce qui se passe. Là, de deux noirs muets je suis le compagnon : Je suis pour eux le maître. Ils ignorent mon nom.
Oui, c'est là qu'il reçoit, comme chef des alcades, Ses espions, c'est là qu'il tend ses embuscades ; C'est un homme profond qui tient tout dans sa main.
Hier, il m'a dit : « Il faut être au palais demain Avant l'aurore. Entrez par la grille dorée. » En arrivant il m'a fait mettre la livrée, Car rhabit odieux sous lequel tu me vois, Je le porte aujourd'hui pour la première fois.
DON CESAR, Ini serrant la main.
Espère.
Espérer l mais tu ne sais rien encore.
Vivre sous cet habit qui souille et déshonore. Avoir perdu la joie et l'orgueil, ce n'est rien. Être esclave, être vil, qu'importe ? — Ecoute bien, Frère, je ne sens pas cette livrée infâme, Car j'ai dans ma poitrine une hydre aux dents de flamme
Qui me serre le cœur dans ses replis ardents. Le dehors te fait peur ? si tu voyais dedans !
DON CÉSAR
•Que veux- tu dire?
Invente, imagine, suppose.
Fouille dans ton esprit ; cherches-y quelque chose D'étrange, d*insensé, d'horrible et d'inouï, Une fatalité dont on soit ébloui ; Oui, compose un poison affreux, creuse un abîme Plus sourd que la folie et plus noir que le crime. Tu n'approcheras pas encor de mon secret.
— Tu ne devines pas ? — Eh I qui devinerait? — Zafari, dans le gouffre où mon destin m'entraîne Plonge les yeux! — Je suis amoureux de la reine!
DON CESAB.
Ciel !
Sous un dais orné du globe impérial.
Il est, dans Aranjuez ou dans rEscurial,
— Dans ce palais, parfois, — mon frère, ilestun homme Qu'à peine on voit d'en bas, qu'avec terreur on nomme ; Pour qui, comme pour Dieu, nous sommes égaux tous ; Qu'on regarde en tremblant et qu'on sert à genoux; Devant qui se couvrir est un honneur insigne;
Qui peut faire tomber nos deux tètes d'un signe ;
Dont chaque fantaisie est un événement ;
Qui vit, seul et superbe, enfermé gravement
Dans une majesté redoutable et profonde ,
Et dont on sent le poids dans la moitié du monde.
Eh bien f— moi, le laquais, tu m'entends,— eh bien ! oui,
-€et homme*Ià, le roi, je suis jaloux de lui !