‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 72 sur 210 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Sois aimé par ta mère et sois béni par moi 1

(VÎTement et portant la main à son cœur.)

— Oh ! sa lettre me brûle !

(Retombant dans sa rêverie.)

Et l'autre I l'implacable Don Salluste ! le sort me protège et m* accable. En même temps qu'un ange, un spectre affreux me suit ; Et, sans les voir, je sens s'agiter dans ma nuit. Pour m'amener peut-être à quelque instant suprême, Un homme qui me hait près d'un homme qui m'aime. L'un me sauvera- t-il de l'autre ? Je ne sais. Hélas ! mon destin flotte à deux vents opposés. Que c'est faible, une reine, et que c'est peu de chose I Prions.

(Elle s'agenouille devant la madone.)

— Secourez-moi, madame ! car je n'ose Élever mon regard jusqu'à vous !

(Elle sUnterrompt.)

— mon Dieu I La dentelle, la fleur, la lettre, c*est du feu I

(Elle met Li main dans sa poitrine et en arniche une lettre froissée, un bouquet desséché de petites fleurs bleues et un morceau de dentelle taché de sang, qu'elle jette sur la table; puis elle retombe à genoux.)

Vierge, astre de la mer ! Vierge, espoir du martyre I Aidez-moi !

(S^interrompant.)

Cette lettre!

(Se tournant à demi vers lu table.)

Elle est là qui m'attire.. ••

($*agenoni11ant de nouveau.)

Je ne veux plus la lire ! — reine de douceur I Vous qu'à tout affligé Jésus donne pour sœur.

Venez, je vous appelle I —

(Ëllo se lève, fait quelques pas vers h table, pais s'arrête, pois enfin se précipite sur la lettre, comme cédant à une attraction irrésistible.)

Oui, je vais la relire Une dernière fois 1 après, je la déchire.

(Avec on sourire triste.)

Hélas! depuis un mois je db toujours cela.

(Elle déplie la lettre résolument et lit.)

« Madame, sous vos pieds, dans Tombre, un homme est là « Qui vous aime, perdu dans la liuit qui le voile ; « Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ; « Qui pour vous donnera son âme s'il le faut, « Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut. -»

(Elle pose la lettre sur la table.)

Quand l'âme a soif, il faut qu'elle se désaltère, Fût-ce dans du poison !

(Elle remet la lettre et la dentelle dans sa poitrine.)

Je n'ai rien sur la terre.

Mais enfin il faut bien.que j'aime quelqu'un, moi ! Oh ! s'il avait voulu, j'aurais aimé le roi ! Mais il me laisse ainsi, — seule, — d'amour privée.

(La grande porte s'ouvre à deux battants. Entre un huissier de chambre

en grand costume.)

L HUISSIER , à hante voix.

Une lettre du roi !

LA REINE, comme réveillée en sursaut, avec un cri de Joie.

Du roi 1 je suis sauvée I

Page 1