‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 71 sur 210 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

LA REINE, seule.

A ses dévotions? dis donc à sa pensée I

Où la fuir maintenant? seule!... ils m'ont tons laissée !

Pauvre esprit sans flambeau dans un chemin obscur 1

(Rêvant.)

Oh 1 cette main sanglante empreinte sur le mur I

Il s'est donc blessé? Dieu ! — mais aussi c'est sa faute :

Pourquoi vouloir franchir la muraille si haute ?

Pour m'apporter les fleurs qu'on me refuse ici.

Pour cela, pour si peu, s'aventurer ainsi 1

C*est aux pointes de fer qu'il s'est blessé sans doute :

Un morceau de dentelle y pendait. Une goutte

De ce sang répandu vaut pour moi tous mes pleurs.

(S*enrQnçant dans sa rêverie.)

Chaque fois qu'à ce banc je vais chercher les fleurs, Je promets à mon Dieu, dont l'appui me délaisse, De n'y plus retourner.... J'y retourne sans cesse.

— Mais lui ! voilà trois jours qu'il n'est pas revenu.

— Blessé ! Qui que tu sois, ô jeune homme inconnu ! Toi qui, me voyant seule et loin de ce qui m'aime, Sans me rien demander, sans rien espérer même, Viens à moi, sans compter les périls où tu cours; Toi qui verses ton sang, toi qui risques tes jours Pour donner une fleur à la reine d'Espagne ;

Qui que tu sois, ami dont l'ombre m'accompagne, Puisque mon cœur subit une inflexible loi.

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