ACTE II, SCÈNE IV
Qui sont tantôt plaintifs et tantôt radieux, Et qui, dans les maisons, faisant force clins d'yeux, Prenant sur les fauteuils d*adorables tournures, Viennent s'évanouir pour des égratignures.
Alais je ne comprends pas...
DON GURITAN.
Vous comprenez fort bien :
Nous sommes tous les deux épris du même bien. L'un de nous est de trop dans ce palais. En somme. Vous êtes écuyer, moi je suis majordome :
Droits pareils. Au surplus, je suis mal partagé, La partie entre nous n'est pas égale : j'ai Le droit du plus ancien, vous le droit du plus jeune. Donc vous me faites peur. A la table où je jeûne Voir un jeune affamé s'asseoir avec des dents Effrayantes, un air vainqueur, des yeux ardents. Cela me trouble fort. Quant à lutter ensemble Sur le terrain d'amour, beau champ qui toujours tremble, De fadaises, mon cher, je sais mal faire assaut ; J'ai la goutte, et d'ailleurs ne suis point assez sot Pour disputer le cœur d*aucune Pénélope Contre un jeune gaillard si prompt à la syncope. C'est pourquoi vous trouvant fort beau, fort caressant, Fort gracieux, fort tendre et fort intéressant. Il faut que je vous tue.
Eh bien, essayez.
•DON GURITAN.
Comte De Garofa, demain, à l'heure où le jour monte,
4(â6 RUY BLAS.
A l'endroit indiqué, sans témoin ni Talet, Nons nous égorgerons galamment, s'il yous platt, Avec épée et dague, en dignes gentilshommes;' Ck>mme il sied quand on est des maisons dont nous sommes •
(n tend la main à Roy Blas, qui la loi prend.) RUY BLAS.
Pas un mot de ceci, n'est-ce pas ?
(Le comte fait un signe d'adhésion.)
A demain.
(Ruy Blas sort.) ' DON GURITÀN, resté seul.
Non, je n'ai pas du tout senti trembler sa main. Être sûr de mourir et faire de la sorte, C'est d'un brave jeune homme I
(Bruit d'une clef à la petite porte de la chambre de la reine. Don Guritan se retourne.)
On ouvre cette porte !
Le reine paraît et marche virement vers don Guritan , surpris et charmé de la voir. Elle tient entre ses mains la petite cassette.)