ACTE 111, SCENE III. i
(A part.)
La fuir depuis six mois et la voir tout à coup 1
(Haut.)
Vous étiez là, madame?
LA REINE
Oui, duc, j'entendais tout.
J'étais là.... J'écoutais avec toute mon âme ! RU Y BLAS, montrant la cachette.
Je ne soupçonnais pas.... ce cabinet, madame....
LA REINE
Personne ne le sait. C'est un réduit obscur
Que don Philippe Trois lit creuser dans ce mur,
D'où le maître invisible entend tout comme une ombre.
Là j'ai vu bien souvent Charles Deux, moi*ne et sombre,
Assister aux conseils où l'on pillait son bien ,
Où l'on vendait l'État.
Et que disait-il ?
LA REINE
Rien.
Rien ? — Et que faisait-il ?
LA REINE
Il allait à la chasse.
Mais vous ! j'entends encor votre accent qui menace. Comme vous les traitiez d'une haute façon.
Et comme vous aviez superbement raison !
Je soulevais le bord de la tapisserie, Je vous voyais. Votre œil, irrité sans furie, Les foudroyait d'éclairs, et vous leur disiez tout. Vous me scnibliez seul être resté debout!
Mais où donc avez- vous appris toutes ces choses? D^où vient que vous savez les effets et les causes ? Vous n'ignorez donc rien? D'où vient que votre voix Parlait comme devrait parler celle des rois ? Pourquoi donc étiez-vous, comme eût été Dieu même, Si terrible et si grand?
Parce que je vous aime I Parce que je sens bien, moi qu'ils haïssent tous. Que ce qu'ils font crouler s'écroulera sur vous ! Parce que rien n'effraye une ardeur si profonde, Et que, pour vous sauver, je sauverais le monde I Je suis un malheureux qui vous aime d'amour.
Hélas! je pense à vous comme l'aveugle au jour. Madame, écoutez -moi ; j'ai des rêves sans nombre^ Je vous aime de loin, d'en bas, du fond de l'ombre j Je n'oserais toucher le bout de votre doigt , Et vous m'éblouissez comme un ange qu'on voit ! — Vraiment, j'ai bien souffert! si vous saviez, madame. Je vous parle à présent : six mois cachant ma flamme , J'ai fui! Je vous fuyais et je souffrais beaucoup.... Je ne m'occupe pas Me ces hommes du tout, Je vous aime î — O mon Dieu ! J'ose le dire en face A Votre Majesté.... Que faut-il que je fasse? Si vous me disiez : «Meurs! •• je mourrais.... J'ai refTroi Dans le cœur.... Pardonnez!....
LA REINE
Oh ! parle , ravis-moi !
Jamais on ne m'a dit ces choses-là. J'écoute : Ton ûme en me parlant me bouleverse toute.
J'ai besoin de tes yeux, j'ai besoin de ta voix. Oh ! c'est moi qui souffrais ! Si tu savais I cent fois.