‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 96 sur 210 · ACTE III, SCÈNE V. 17î · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. 17î

Puis, sous la meule^ afin de voir comment elle est, K Jeter une livrée, une chose, un valet, Puis la faire mouvoir, et soudain sous la roue Voir sortir des lambeaux teints de sang et de boue, Une tête brisée, un cœur tièJe et fumant, Et ne pas frissonner alors qu'en ce moment On reconnaît, malgré le mot dont on le nomme, Que ce laquais était l'enveloppe d'un homme !

(Se touruiint vers don Salluste.)

Mais i! est temps encore ! oh! monseigneur, vraiment, L'horrible roue encor n'est pas en mouvement.

(Il se jette à ses pieds.)

Ayez pitié de moi ! grâce ! ayez pitié d'elle ! Vous savez que je suis un serviteur fidèle ; Vous l'avez dit souvent ; voyez, je me soumets ! Grâce !

DON SALLUSTE

Cet homme-là ne comprendra jamais.

C'est impatientant !

RUY BLAS , se traînant à ses pieds.

Grâce!

DON SALLUSTE

Abrégeons, mon maître.

(Il se tourne vers la fenêtre.)

Gageons que vous avez mal fermé la fenêtre !

Il vient du froid par là !

(Il va à la croisée et la ferme.) RUY BLAS, se relevant -

Oh ! c'est trop ! A présent Je suis duc d'Olmedo, ministre tout-puissant ! Je relève le front sous le pied qui m'tcrase I

f 76 RUY BLAS.

DON SALLUSTE

Coinment dit-il cela ? répétez donc la phrase.

Ruy Blas, duc d'Olmedo ? Vos yeux ont un bandeau :

Ce n'est que sur Bazan qu*on a mis Olmedo.

Je vous fais arrêter !

DON SALLUSTB

Je dirai qui vous êtes.

RUY BLAS, exaspéré.

Mais....

DON SALLUSTE

Vous m'accuserez ? J'ai risqué nos deux têtes. C'est prévu. Vous prenez trop tôt l'air triomphant.

Je nierai tout !

DON SALLUSTE

Allons ! vous êtes un enfant.

Vous n'avez pas de preuve !

DON SALLUSTE

Et vous pas de mémoire.

Je fais ce que je dis, et vous pouvez m'en croire. Vous n'êtes que le gant, et moi, je suis la main.

(Bus et se rapprochant de Ray Blas.)

Si tu n'obéis pas, si tu n'es pas demain Chez toi pour préparer ce qu'il faut que je fasse^ Si tu dis un seul mot de tout ce qui se passe. Si tes yeux, si ton geste en laissent rien percer, Celle pour qui tu crains, d'abord, pour commencer, Far ta folle aventure, en cent lieux répandue, Sera publiquement diffamée et perdue.

Puis elle recevra, ceci n'a rien d'obscur,

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