ACTE I
BLANCHE
Moi?... vrai?... mon oncle?...
LE COMTE
Je n"ai jamais vu une petite fille si garçon que loi. C'était à croire qu'on ne pourrait jamais faire de toi une demoiselle... ïun'as pas idée de la petite sauvage que tu étais... enragée à courir les champs, les bois... As-tu déchiré des fois aux arbres ton habit de marmotte! Tu ne te rappelles pas tout ça ?
BLANCHE
Si... un peu... ça me revient... mais pas comme de moi... comme d'une autre.
LE COMTE
Et les cris que tu as faits la première fois qu'on t'a coiffée en hérisson et qu'on t'a mis un panier I
Ah! oui^ cela, je me rappelle... pour aller à un bal d'enfants... mon premier plaisir... j'ai bien pleuré...
LE COMTE
Uh! tu avais une petite tête!... et maligne avec cela... Demande à Boussanel! vous a-t-elle fait assez de niches?
BOUSSANEL.
Oh! mademoiselle aimait à s'amuser... Une fois par exemple...
BLANCHE
Ce n'était pas moi, cette fois-là, monsieur Boiissanel... c'était Perrinet.
LE COMTE
Oh ! quand l'un de vous deux faisait un méchant tour, l'autre était toujours de moitié, (voyant Boussanei qui se lève.) Qu'cst-cc quc c'cst, Boussauel? est-ce que vous ne dînez pas avec nous ?
BOUSSANEL.
Je vous remercie, monsieur le comte, mais j'ai gardé mes habitudes de paysan... J'avais dîné avant de me présenter chez vous...
LE COMTE
Je ne vous tiens pas quitte, Boussanel. Nous allons prendre jour pour dîner, non pas ici... mais au cabaret, chez le suisse des Tuileries, les deux coudes sur la table et les paroles à l'aise ; nous arroserons le passé et mes confessions.
BOUSSANEL, saluant.
Madame la comtesse, monsieur le comte, mademoiselle...
(Le comte le reconduit k la porte et sort un instant avec lui.)