LE COMTE, LE CHEVALIER DE MEUDE-MONPAS, JOURGNIAG SAINT-MÉARD
LE COMTE, assis à la table, encombrée de papiers et de journaux, une paire de pistolets posés dessus, écrivantles derniers mots d'un article.
Voilà! et je signe. (Il sonne. — a un homme qui entre.) A
composer de suite... Enfin, Dieu merci! Messieurs, j'espère que ce métier de gazetier est fini... j'espère que, demain, les gens comme nous autres joueront un autre jeu... Et pour ma part je n'en serai pas fâché. A vous dire le vrai, ces derniers temps-ci, je me sentais baisser...
SAINT-MÉARD
Toi? comte j je t'assure...
Je baissais, mon cher,... Non, je n'avais plus cette légèreté d'ironie... ces jolis coups de fouet que je cinglais si lestement en pleine figure de jacobins ; a la fiUj je perdais le sang-froid, mes épigrammes
m) LA PATRIE EN DANGER.
tournaient au coup de bâton... J'avais l'air d'écrire avec ma canne... Non, vois-tu, nous ne sommes pas nés pour cela... On a beau faire, quand on a porté l'épée, la main reste toujours un peu lourde... Enfin, pour des pamphlétaires de hasard et de bricole, nous ne nous en sommes pas encore trop mal tirés, il me semble ; qu'en dis-tu^ chevalier?
MEUDE-MONPAS.
Moi, je dis que tu n'es pas juste pour toi-même, et que ton journal aura été le testament de ce rire sans peur que la France aimera toujours comme un de ses courages.
LE COMTE
Peut-être bien... Enfin, si la monarchie doit périr, eh bien, elle périra du moins avec des gens qui auront mis de la gaieté à se sacrifier, et de la grâce à mourir. Morbleu ! c'est quelque chose... La chanoinesse, ma sœur, a parfois de bonnes idées: c'est elle qui, après ce gueux de décret contre les libellistes, quand Gattey hésitait à nous imprimer, a découvert et loué cet hôtel, à deux pas des Tuileries, et fait monter les presses qui nous ont permis de continuer notre guerre de papier.
SAINT-MÉARU.
Une campagne qui t'aura bien amusé, avoue-le, comte ?
LE COMTE
Oui... à berner les pantins d'une révolution ; il y a de si bons moments, mon cher! Quelle joie à les égratigner, à les éclabousser, à les peinturlurer,