ACTE I
Toutes les aventures sont enterrées, Timprévu est fini, le Hasard est mort ! Jamais votre portier ne vous donne une lettre qui sent bon, sans que vous en reconnaissiez récriture... Et voilà pourquoi je t'ai amené ici pour que tu ne rêves ni l'amour, ni la femme, ni le bal de l'Opéra. Le bal de l'Opéra, tu y es...
(Il bâille et remonte la scène ; Paul le suit.) R\UL.
Tu t'ennuies...
piiîRRi:.
Non, je bâille... L'amour et la femme ? (ii lui montre
la salle par un carreau de loge.) Voilà dcUX mille fcmmCS
comme Diogène : elles cherchent toutes un homme. Il y en a trois cent cinquante-neuf qui ont leur montre au mont-de-piété, cinq cent quarante et une qui ont besoin de payer leur terme, six cent vingt-trois qui veulent se meubler en palissandre, cent vingt-deux qui ont envie de louer un coupé au mois... Il y en a, à l'heure qu'il est, douze cents qui ont soif, et demain matin sur le coup de six heures, les deux mille auront faim ! Et maintenant, ai redescend la scène.) va ! Je t'ai mis un peu de Champagne dans la tête, et un peu d'argent dans la poche. Cours, monte, descends, regarde danser, arrête les dominos dans les escaliers, offre des oranges aux bergères des Alpes ! Amuse-toi, sapristi! Il te manque des cheveux gris et une épingle en faux sur ta chemise ; tu es jeune et tu n'es pas laid : les femmes ne te diront rien, parleleur! Si on te blague, fais semblant de rire! Si des
épaules te passent sous le nez, ne rougis pas !... et si, par hasard, tu rencontres dans les corridors la femme honnête, la femme du monde qui vient au bal de FOpéra tous les cent ans, fais-lui une cour effrontée et une égratignure au visage î Déchire-lui la dentelle de son masque, et vole-lui dans sa poche la carte de son mari pour la reconnaître ! Des folies, mon garçon, des folies! Et à tout à l'heure...
(11 remonte la scène et sort par le corridor de gauche.)