BLANCHE, LA CHANOINESSE
BLANCHE
Mon oncle va mourir, n'est-ce pas, ma tante ?
LA CHANOINESSE
Demandez à Dieu, ma nièce...
BLANCHE
Qu'est-ce qu'il a dit, ma tante, pendant que je n'y étais pas ?
LA CHANOINESSE
Ce qu'il m'a dit? (Elle va pour parier.) Plus tard, ma nièce, plus tard... ne m'interrogez pas... ne me parlez pas. Laissez-moi le silence, je vous prie... j'ai besoin dans ce moment d'être seule avec moimême. (Regardant Blanche qui est assise sur le flivan et pleure
dans ses mains.) Elle plcurc, cllc ! Elle a dcs lamics ! Moi... je ne sais pas de quel métal on m'a faite... mes douleurs ne veulent pas sortir... je n'ai jamais pu les pleurer... ,
BLANCHE
(Un silence.) Le CanOU ! (Elle tombe sur un siège. 1
LA CIIANOINESSE.
Ouvrez la fenêtre... oui, c'est le canon et la fusillade...
(Un silence.)
Ah! te voilà donc, jour du 10 août! tu devais suivre la Saint-Etienne, le jour du martyr, du saint lapidé, oh le Roi a accepté la constitution du clergé î . . . Mon Dieu ! mon Dieu ! toute faible femme que je suis, je n'ai jamais craint les coups de pierre, et je ne les crains pas encore : j'y suis prête, vous le savez. Je ne vous demande pas le courage. Seigneur: je l'ai. Mais accordez-moi la patience: appelez à vous, là-haut, mon âme et mon cœur: ils ne veulent plus y monter ! Je ne me sens plus la force de vous dire : Que votre volonté soit faite! Seigneur! prenez pitié de moi; c'est la première fois de ma vie que je ne trouve plus de paroles dans ma foi pour me soumettre et m'inclinerl (Un
silence.) — (On continue à entendre le canon et la fusillade.] NOU,
non, c'estimpossible ! une monarchie comme cellelà, vieille de tant de souvenirs, belle d'un si beau passé, glorieuse comme l'oriflamme de notre histoire, cette monarchie qui a été à l'honneur comme à la peine de toutes les grandes journées de la France, la monarchie de saint Louis, d'Henri IV et de Louis XIV, la monarchie pour laquelle il y avait une religion dans l'amour de tous les Français , la monarchie très-chrétienne , la fille aînée de votre Église... non, mon Dieu, vous ne pouvez pas permettre qu'une poignée de factieux l'anéantisse et la balaye ! non, vous ne pouvez pas, vous ne voudrez pas laissser déraciner à la furie d'un