‹ ThéâtreChapitre 134 sur 198 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

je t'ai parlé brusquement... Tu es timide, tu es jeune... remets-toi. (suence de Blanche.) Mais parle donc, dis-moi que ce n'est pas vrai... Défends-toi... (Silence de Blanche.) Ah! prcuds garde !... le Commandant de Verdun a tout pouvoir contre les traîtres.

(Il lève la sonnette qui est sur la table.) Eh bien ? (Blanche croisa fièrement les bras et le regi^rde. — A part.) QuclqUC choSC d'elle... (Il repose lentementlasonnette.)Ah! tCUCZ, remerciCZ

le souvenir d'une femme qui vous sauve. . . (ii laregarde longuement.) Vous ôtcs uuc royalistc, u'cst-cc pas ? vous tenez aux royalistes ? vous avez dans ce camplà votre nom, votre famille.,. Qui sait? peut-être votre cœur ! On vous a élevée dans le culte d'un Roi... Vous devez conspirer pour être fidèle... Je vous demande pardon. Madame. . J'avais oublié, dans ce jour oii nous sommes, les divisions de la patrie, des opinions et des consciences, et ce triste déchirement de notre France en deux Frances... celle du passé dont vous portez le regret ; celle de l'avenir dont nous portons l'espoir! Je croyais qu'aujourd'hui l'étranger était l'étranger pour tout le monde... L'étranger! l'étranger! mais vous ne savez donc pas ce que c'est, Madame, que l'étranger? L'étranger! rien que ce nom!... l'étranger dans la rue et dans la maison ! l'étranger vainqueur, souverain et maître! la langue de l'étranger commandant où commandait la langue de France! les fanfares de ses clairons déchirant de l'air de France ! les couleurs de. ses drapeaux voilant du ciel de France !... Et le soldat... Ah! vous n'y pensez pas?... vous ne pensez pas à l'homme qui vous parle, et dont la vie ne vaut pas grand'chose...

mais c'est pourtant celle d'un brave soldat... Savez-vous si la honte que vous allez peut-être lui chercher à Haudainville, il en voudrait, il l'accepterait? Savez-vous s'il ne la rejetterait pas avec sa vie?... Et maintenant, Madame, je vais vous expédier cette passe...

(Blanche recule et disparaît par la porte ouverte derrière elle, au moment où un grenadier, entré par la porte du fond, pose deux flambeaux allumés sur la table, devant le commandant.)

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