SCENE YI
PERRIN, LE CONSEIL rentrant en séance.
PERRIN
Eh bien, Messieurs, rien de nouveau?
YOGNET.
Rien de nouveau, commandant. Cependant...
PERRIN
Parlez, monsieur Vognet...
YOGNET.
Vous me permettrez de vous demander si, dans le présent état de choses, devant l'émotion de la ville, l'agitation des esprits, il ne vous paraîtrait pas raisonnable, opportun, de faire des ouvertures au roi de Prusse pour une suspension d'armes, une trêve de quelques jours...
PERRIN
Une trêve ? une suspension d'armes ? vous pensez à cela, monsieur Yognet? et vous proposez ici sérieusement... Y avez-vous réfléchi? pouvezvous croire qu'elle sera accordée ? comment imaginer que le roi de Prusse nous donne bénévolement le temps d'être débloqués par le général Dumouriez?... Allons! tenez, dites toute votre pensée... Ce n'est pas une trêve que vous demandez...
VOGNET.
Commandant, je crois que les sentiments que j'ai eu l'honneur de vous exprimer ne sont pas seulement les miens ; ils sont aussi partagés par
monsieur BloSSeville. (BlossevUle fait un signe d'assentiment.) Et ils répondent au désir de toute la population de Verdun.
PERRIN
Vous la calomniez, Monsieur... 11 n'y a pas deux heures que le maire de cette population, venant h moi, je sortais de la citadelle, m'a demandé de se mettre à la tête de tous les hommes en état de porter les armes pour enlever les batteries ennemies ou mourir en combattant. Voilà un citoyen et un patriote, n'est-ce pas? Messieurs, qu'en pensez-vous?... Oui; nous sortirons tous, ai-je dit à ce brave homme, aux braves gens qui étaient avec lui, etnous mourrons tous si l'ennemi fait brèche... Jusque-là je veux défendre régulièrement Verdun pour mon honneur et pour l'honneur de nos armes. Vous, restez sur les remparts, garnissez les