PERRIN, LE CONSEIL
BLOSSEYILLl-:.
Mais, commandant, l'illusion n'est plus possible.,. A l'heure qu'il est, la place est intenable.
VOGNET.
Oui, intenable.
PERRIN
Comment! monsieur Blosseville, monsieur Vognet, c'est vous qui dites cela? Et votre déclaration, dont l'encre est à peine sèche, disait que Verdun était en état de soutenir le siège...
LAPALLU.
Tout est changé depuis.
PERRIN
Comment? changé! Qu'est-ce qui peut être changé ici, expliquez-le-moi, quand je me sens toujours le môme, moi?
LAPALLU.
Commandant, des trente-deux canons dont vous parlait l'envoyé du roi de Prusse, la plupart sont déjà hors d'état de répondre au feu de l'ennemi... La place peut donc être enlevée au premierassaut... Dans cette situation, n'est-il pas évident qu'il vaut mieux conserver à la nation une garnison de
quatre mille hommes que de retarder d'un jour la prise de la ville ?
PERRIN
Messieurs, vous deviez prévoir tout cela...
YOGNET.
Nous comptions sur une division de Luckncr, mais il ne veut envoyer ni un homme ni un canon, par cette raison que, dans l'état de la place, ce serait les livrer à l'ennemi.
LAPALLU.
Nous comptions sur les deux bataillons que nous avait promis Dumouriez; ils ont été devancés par les troupes d'investissement, et je viens d'apprendre que Galbaud, trouvant la route de Varennes interceptée par un corps considérable, a rebroussé chemin.
BLOSSEYILLE.
La jilus grande défense de la place, l'eau des fossés, est à moitié vidée par les tranchées des sapeurs de l'ennemi sur les digues...
YOGNET.
Et le pain du soldat, qui colle au mur quand on l'y jette!... Vous voyez qu'il y a bien des choses de changées, commandant.
PERRIN
Je ne vois, moi, que mon serment sur ce drapeau. (Il montre un faisceau de drapeaux au-dessus de la porte du
fond.) Vous pouvez le lire tous : La liherlé ou la mort!