SCENE II
LES MÊMES, PERRIN, UN ADJUDANT, entrant * par la porte du fond.
L'homme! une avoine à nos chevaux?
(L'aubergiste sort.) l'adjudant, à Madeleine.
Eh ! la belle enfant, apportez-nous quelque chose à boire.
(Madeleine va au buffet chercher les liqueurs.) PERRIN.
Pourquoi nous arrêter ici?
l'adjudant.
Histoire de femme, mon général... Une citoyenne de l'endroit à laquelle j'ai un mot à dire... L'affaire d'un quart d'heure et nous repartons.
PERRIN
Mauvais sujet!
l'adjudant.
Oh! vous êtes un Gaton, vous, général... Vous avez à l'armée une réputation de sagesse; de vertu...
PERRIN
C'est vrai... l'homme chez moi n'a pas aimé... Je n'en ai pas eu le temps. Le jour où j'ai été jeune
homme, j'ai été soldat. Mon métier m'a pris tout entier... La guerre m'a emporté dans ses bras; je n'ai vu qu'elle ; j'ai ignoré la femme... Mon austère et sainte maîtresse, c'a été la liberté. Je lui avais voué ma vie ; et plût à Dieu qu'elle en eût voulu le jour où je la lui avais donnée I... Je méritais pourtant bien de ne pas me survivre; j'étais, parmi ses amants, digne, je te jure, de mourir pour elle!
8CENE m
LES MÊMES, LE COMTE entrant déguisé en jacobin, avec un panier ouvert où sont deux pigeons qu'il jette sur la table. Il s'assied et frappe sur la table avec son sabre.
LE COMTE
Eh bien , par la sans-culotterie des braves sansculottes, il n'y a donc pas, dans cette auberge d'aristocrates, quelqu'un pour apporter du sacré chien à un patriote qui a soif?
MADELEINE , au comte.
On vous sert. (Elle fait signe à son père, qui rentre, de servir le comte.)
LE COMTE
Dis donc, citoyenne, est-ce que Qa t'écorcherait le gosier de m'avantager du tu des citoyens? (a rau-
bergiste, qui lui verse un verre d'eau-de-vie.) Toi, Z arrête. Es-
tu un vrai, d'abord? un pur? as-tu fait des actes de civisse? veux-tu la mort des tyrans coalisés? as-tu les mains teintes? Alors, prends un verre!