‹ ThéâtreChapitre 157 sur 198 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

PERRIN, BLANCHE, LE COMTE, MADELEINE, entrant. > -MADELEINE , à part.

Perdue !

BLANCHE

0 mon oncle , quel bonheur ! et pour ma tante !

MADELEINE, à part.

Son oncle!... (a Perrin.) Général, votre camarade vous attend en bas.

Mon Dieu, oui... je m'obstine à exister... j'existe même énormément, comme tu peux en juger... Ah! brigand de général, nous as-tu canonnés à cette porte Saint-Irénée, dont Précy m'avait confié la défense!...

PERRIN

Monsieur le comte, sans reproche, vous nous le rendiez bien...

LE COMTE

Parbleu! Français contre Français, il y a toujours du cœur des deux côtés; c'est tout plaisir... Pas d'étrangers! l'étranger dans le jeu, ça brouille les cartes... Et j'ai toujours remercié cette diable de blessure : elle m'a dispensé de cette campagne du Nord où j'aurais servi à côté des gens que mes pères ont tant de fois battus... Lavons notre sang en famille, mort-dieu! et montrons à l'Europe qu'il

y aura toujours assez de soldats chez nous, même dans nos discordes, pour ne point en aller chercher chez elle! (a Madeleine.) Ditcs douc VOUS, la citoyenne aubergiste, qui m'avez donné de la piquette patriotique, (Le général sort.) maintenant que vous me connaissez, vous pourriez bien me donner de l'eau-

de-vie d'aristocrate... (Madeleine sort; le comte se retourne.)

Eh bien, il est disparu, ce Perrin?

BLANCHE

Mais comment, mon oncle, avez-vous pu échapper?...

Ah! comment? est-ce que je le sais moi-même?... Ça m'a l'air, quand j'y pense, d'une histoire qu'on m'aurait racontée. Deux heures après notre séparation, nous voilà, mes hommes et moi, le long de la Saône. Du brouillard, heureusement. Pas un coup de fusil jusqu'au défilé de Saint-Cyr. Mais, en entrant sur le territoire du mont d'Or, des tirailleurs, dans les vignes, dans les haies, dans les broussailles, de l'artillerie sur une colline. 11 fallait passer ; Précy nous fait charger à l'arme blanche ; notre colonne est écrasée. Ce qui en reste fait un trou, gagne la Saône ; pas de barques ! Et le tocsin sonne partout, et partout des paysans avec des fusils et des pâtres avec des fourches... Au bois d'Alix, chacun abandonne son cheval et sa valise... Ah! je me souviendrai du Tarare et du Forez ! un rude voyage où nous avons été traqués comme des bêtes fauves... Enfin, au hameau de Sainte-Agathe, un paysan consent à me cacher, mais tu sais, mcn, je ne suis pas

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