‹ ThéâtreChapitre 156 sur 198 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

BLANCHE

La misère, les privations... Ne me plaignez pas pour cela... Je n'aurais jamais cru, avant de les connaître , que ce fût une si petite épreuve et qui méritât si peu de faire peur h un cœur plus haut qu'elles! Le passé? j'ai oublié, en le perdant, tout ce qu'il me promettait. Ma ruine? j'en ai vu de si grandes ! Et si le vilain présent où je vis me laissait sans angoisse sur les miens, si je ne tremblais pas pour ce qui m'en reste... mon oncle?... vous ne

savez rien? (Perrln ne répond que par un geste triste.) Oui, OU

m'a dit... mais, malgré cela, quand je veux mettre son nom dans mes prières à côté de ceux de mon père et de ma mère, ma bouche ne peut pas le dire, comme le nom d'un mort, de quelqu'un que Dieu vous a repris pour toujours...

PERRIN

Votre tante est avec vous?

BLANCHE

Oui... Elle est allée dans un village à côté soigner un blessé, un mourant.

PERRIN

Et elle ne me laissera pas vous sauver, n'est-ce pas? et son orgueil ne me permettra pas d'être aujourd'hui pour vous le père que j'avais trouvé dans le vôtre?

BLANCHE

Ce n'est pas ma tante... c'est moi qui n'accepte pas... Merci, merci, mon ami. Vous ne pouvez rien pour nous, rien que vous exposer... Et je ne veux

pas. La vie nous avait d'abord réunis; elle nous a séparés... Eh bien, acceptons-en les séparations , les sacrifices , et que chacun de nous deux suive jusqu'au bout son chemin tout seul, tout seul.

PERRIN

Vous me refusez?

BLANCHE

Oui !

Eh bien, moi... je pars pour Lyon... Et quand je reviendrai, ce qui ne sera pas long-, je vous dis, foi de Perrin, qu'il faudra que je vous sauve, que vous le vouliez ou non...

LE COMTE, ôtant sa perruque et allant frapper sur l'épaule de Perrin.

Sans le consentement de son oncle , citoyen général?

PERRIN

Monsieur de Yaljuzon !

BLANCllE , se jetant dans les bras du comte.

Mon oncle 1... toi!

LE COMTE

Moi-même!... oui, ils ont écrit à la Convention... Mais tu vois, je ne m'en porte pas plus mal.

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