‹ ThéâtreChapitre 160 sur 198 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

temps que la révolution trouve clans ton sexe des larmes conspiratrices et des apitoiements liberticides... As-tu donc envie de connaître le tonnerre du Dieu des hommes libres? et ton sang veut-il servir d'eau lustrale aux mânes des patriotes immolés à Lyon ? (Il se lève et lui prend les deux mains.) Mais

tu ne sais donc pas, ma fille , que le premier devoir d'une républicaine est de dénoncer tous ceux qui conspirent contre la liberté, de dénoncer les aristocrates , de dénoncer les rolandistes, de dénoncer les modérés, de dénoncer les égoïstes, de dénoncer les agioteurs, de dénoncer les accapareurs, de dénoncer la caste fanatique?...

LE COMTE

Pour ça, moi, citoyen, je dénoncerais ma mère.

Bien, mon ami, c'est le cri d'une âme sans-culotte. Homme des champs, que n'a pas atteint l'amollissement des cités, nourricier du genre humain, créateur du pain et du vin, tn comprends qu'il est beau d'outrager la nature pour honorer la patrie...

MADELEINE

Mais, citoyen Boussanel, puisque je vous ai dit qu'il n'y avait ici personne à dénoncer.

BOUSSANEL ] il la regarde avec colère, se lève brusquement et se promène.

0 ville et banlieue de Lyon ! terre impure qui as empoisonné de ton luxe et de tes vices la France

et l'Europe ! terre de négociantisme, de marchands avides et corrompus, de femmes inciviques, d'artisans mécaniques, de paysans et de paysannes vendus à l'ancien régime; peuple de la Saône et du Rhône, qui des brouillards de tes deux fleuves, des vapeurs de leurs rives, semblés te faire une âme gâchée avec la boue d'un marais, race inféodée à la servitude, foyer pourri oii ne pourra jamais vivre la vertu d'une république, peuple d'esclaves qu'on ne pourra jamais régénérer, murs qu'on ne pourra jamais purifier, campagne dont on ne pourra jamais arracher l'herbe mortelle du royalisme !

LE COMTE

Par la mort de mille diables! c'est du bon çal... c'est ça qu'est prêché!... Je veux être débaptisé si j'ai jamais entendu parler par cœur comme ça, qu'on dirait que vous êtes un vrai possédé. . .

Oui, ces choses seront, Commune-Affranchie! Il faudra jeter tes habitants aux quatre coins de la France, t'èffacer, t'émietter ! il faudra de la province que tu fus, faire un grand désert, une place nue sur la carte, un vide maudit comme autour d'un échafaud où rien ne s'élèvera qu'un monument à un mort : le monument de Chalier !

LE COMTE

Ah ! oui, Chalier, qu'ils ont assassiné, le père des sans-culottes...

BOUSSANEL.

Oui , le père des sans-culottes ! Chalier ! mon

Page 1