ACTE W
ami et mon maître. Signe-toi, patriote, quand tu prononces ce nom-là... un saint! un martyr! ah ! quelle âme de feu ! quels bouillonnements d'enthousiasme! quelle lave brûlante que sa parole, au milieu de tous ces hommes de glace! Je l'entends, je l'entends encore, quand il se plaignait que le grand Etre était trop tranquille, que le genre humain ne lui paraissait pas vivre, et que lui, s'il était Dieu, il révolutionnerait les montagnes, les étoiles, les fleuves et l'Océan ! Saint délire de Titan... Toi, à qui la révolution avait dit: Ébranle, abats, bâtis, régénère, épouvante! Grand cœur fou de Chalier ! sois mon cœur ! Sang de Ghalicr ! coule dans mes veines ! Éloquence de Chalier, touche mes lèvres de ton charbon ardent!
LE COMTE
Ah î citoyen, allez toujours ! C'est comme si vous me versiez là le brandevin de la révolution.
BOUSSANEL.
Eh bien, mon ami, si mes paroles échauffent ton patriotisme , qu'elles coulent, qu'elles se précipitent, qu'elles soient un torrent qui jaillit... Je les dois, elles appartiennent aux pauvres , aux malheureux, aux simples... D'ailleurs, elles débordent de moi, et j'aurais peine à les contenir... Bois-les donc, nourris-t'en, et qu'elles t'élèvent à l'ivresse de la liberté ; qu'elles fassent de toi l'homme qui sacrifie tout à son amour et à ses vengeances, l'homme dont l'œil ne dort jamais sur les complots, les machinations, les traîtres, l'homme qui a toujours sous son oreiller le poi^
giiiii'cl (ic Scévole, le fer de Brutus et la hache de
Cromwell ! . . . (Marchant tout à coup sur Madeleine.) Femme,
tu sais où sont les Valjuzon !
LE COMTE
Valjuzon 1 est-ce qu'il n y en avait pas un, de ce brigand de nom-là, dans Lyon?
BOUSSANEL.
Oui, Valjuzon, le sac à vin de la contre-révolution ! (Il se met à ricaner d'un rire fou.) Ah! ah! ah ! la
bonne pièce à rire!... ah! ah! ah! la sotte figure que tu as dû faire chez Pluton, mon gros gaillard ! Bonsoir aux flacons, là-bas! Bonsoir aux tendrons, à la gogaille, à la ripaille !... avec cela une pauvre tête, figure-toi, mauvaise, fumeuse et vide... Heureusement qu'on a mis du plomb républicain dedans...
LE COMTE
Tu crois, citoyen?
J'en suis sûr... mais il a laissé derrière lui une sœur, une nièce, des conspiratrices... J'ai connu ces ci-devant autrefois, du temps que je n'étais pas l'homme que je suis... J'ai môme fréquenté leur maison, et je l'avoue, il me reste encore un lâche souvenir de m'y être attaché à ces, gens, de leur avoir été dévoué... Oh! je ne faiblirais pas, je saurais me vaincre, je les livrerais à la justice nationale, mais, en les livrant, je pourrais leur dire: Mettez la main sur mon cœur, et vous verrez ce qu'il souffre ! Ah ! gens de Fontaine, vous ne