ACTE IV
bon sans-culotte blessé au siège de Lyon, je grimpais dans la chaise de poste d'un commissaire du pouvoir exécutif, auquel je racontais que j'avais exterminé presque à moi tout seul le corps que je commandais là-bas ; tantôt traîné dans le fond d'une voiture de faïencière, je m'amusais à vendre sur les places des assiettes patriotiques.
BLANCHE
Le singulier marchand que vous deviez faire, mon oncle !
LE COMTE
Ah! j'en cassais plus que je n'en vendais... Et voilà comment j'arrivai jusqu'à Romorantin... oui, jusqu'à Romorantin, où, par malheur, j'eus l'idée de me débarbouiller de mon sans-culottisme. Il y avait comédie, j'y vais sans perruque. Je fais la bêtise d'être reconnu par un ancien garde du comte de Lireux, chez lequel j'avais eu l'honneur de chasser dans le temps. Là-dessus, dénonciation, arrestation à la porte du spectacle, comparution à la commune, qui me trouve porteur de papiers fabriqués, envoi à Lyon entre deux gendarmes pour la constatation de mon identité ; et en route ! Mes , gendarmes se suivaient et se ressemblaient. J'en avais deux comme les autres, l'un jeune, l'autre vieux; à la dernière étape de cette diable de route qui me semblait bien devoir me mener à la place des Brotteaux...
MADELEINE
Bonté de Dieu !
2oG LA PATRIE EN DANGER.
LE COMTE
Comme VOUS dites, ma belle, c'était ma seule ressource, ma foi; je fais l'homme fatigue et je leur offre à boire. Nous buvons, nous rebuvons. Le vieux glisse sous latable, mais le jeune résistait toujours. Un gaillard! tout en l'envoyant au diable, je l'admirais, j'étais jaloux de ce qu'il tenait! quand, au moment où je songeais aux grands moyens, il se met à me dire, en regardant son camarade: « Eh bien, allez, sauvez-vous... ou tenez, non, attendez-moi une minute... » Etilme rapporte ce panier et cette paire de pigeons... Je ne comprenais pas... «Eh bien oui, avec ça, vous aurez toujours l'air de venir du village d'à côté, et l'on ne vous demandera rien, n II a dit vrai, le brave gendarme... (on frappe à
la porte.)