ACTE I. 5i
pas... Tenez! vraiment vous feriez bien mieux de vous adresser à toutes ces femmes qui sont là...
PAUL
Mais toutes ces femmes, ça m'est égal, Madame: ce n'est pas vous! Pourquoi vous ai-je suivie? Comment vous ai-je retrouvée dans la foule ? Je ne sais pas... Pourquoi n'j^ a-t-il que vous ici pour moi? Dites-le-moi: moi, je ne le sais pas... Les autres ? Mais près d'elles je n'aurais pas ce trouble plein de délices... Je ne serais pas comme je suis à côté de vous... Je ne me dirais pas : Enfm ! c'est donc ça l'amour! Ah! c'est bon! Mon Dieu! que c'est meilleur que tout ce qu'on vous a dit et tout tout ce qu'on a lu !... Oh ! je vous en prie, ne vous moquez pas de moi... (ii ôte son chapeau.) Ce que votre silence me murmure de vous (se penchant vers elle), vos yeux qui, dans votre masque, semblent me regarder comme des étoiles, la nuit... tout ce qui me vient dans la tête, follement... la pensée que je
vous sers à quelque chose (ll se lève et passe k droite de madame Maréchal), qUC jC puis VOUS empÔchcr d'être
insultée... Mais il n'y a que vous, encore une fois, pour me donner tous ces bonhenrs-là !... Vous riez ?
MADAMK MARÉCHAL.
Oh ! pardon... Mais c'est que vous êtes très amusant ! Vous avez un petit air si convaincu ! Et puis vous faites des phrases... comme on n'en fait plus! Je croyais que c'était perdu comme les carlins, la race des amoureux au bal de l'Opéra...
■ri henriettp: marfxhal.
PAUL
Cela doit vous coûter, Madame, d'être méchante... Et pourquoi Tctre avec moi ? Ce n'est pas très brave... Yous voyez bien que vous avez affaire à un pauvre garçon bien jeune, qui vous dit tout. ..Il n'y a pas besoin de beaucoup d'esprit pour l'embarrasser... et s'il a le courage de vous parler, c'est que votre masque ne lui laisse voir que la douceur
de vos yeux... (il appuie le bras à la colonne.) Je Suis doUC
bien ridicule? Et vous, Madame, vous avez donc été bien gâtée par la vie?... Votre cœur a donc été heureux et comblé toujours, pour avoir si peu de charité, et ne trouver qu'à rire, (juand je suis là, ne vous demandant qu'unechose... de baiser le bout de votre gant et de m'en souvenir toute ma vie...
(Il lui prend la main, elle la retire.) MADAME MARÉCHAL. Elle se lève et redescend la scène.
Savez-vous que vous êtes un peu fou. Monsieur? Vous me faites une déclaration... car c'est une déclaration, n'est-ce pas?... sans me connaître, sans m'avoir vue... Vous tombez amoureux, non de moi, mais de mon domino... Vous me croyez jeune, je ne sais pourquoi... Vous vous figurez que je suis venue ici chercher un cœur, et vous m'offrez le vôtre... Mais qui vous dit, s'il vous plaît, que je ne suis pas une honnête mère de famille, pas plus belle et pas plus jeune que toutes les mères de famille, amenée ici tout bonnement par la curiosité, par une bête d'envie de voir ça avant de mourir?
(l'Ile va se rasseoir sur la bamnu'Ue.)